Somptuosité du XVIIIe : une superbe exposition à Dijon

A la mode. L’art de paraître au XVIIIe siècle

Exposition au musée des Beaux-Arts de Dijon, jusqu’au 22 août 2022

 

Accessible en une heure et demie de train à peine depuis Paris, le musée des Beaux-Arts de Dijon dévoile un hymne au raffinement et à l’élégance féminine. L’exposition « A la mode. L’art de paraître au XVIIIe siècle » s’y tient jusqu’au 22 août. Et, entièrement gratuite, elle vaut largement le détour !

Les salles de l’exposition permanente ont été métamorphosées pour accueillir cette coproduction avec le musée des Beaux-Arts de Nantes. Il s’agit de la première exposition d’aussi grande ampleur depuis la réouverture du musée des Beaux-Arts de Dijon en 2018, avec des prêts généreux du Palais Galliera – musée de la Mode, et du château de Versailles. L’évènement est aussi l’occasion de mettre en valeur les belles collections de la Bibliothèque municipale de Dijon, dont sont tirées plusieurs estampes comme celle de l’Embarquement pour l’île de Cythère.

 

 

Phénomènes de mode

L’émerveillement des yeux du visiteur doit autant à la somptuosité des pièces présentées, qu’à la très belle scénographie qui les met en valeur ; chaque section de l’exposition a sa couleur, son ambiance, ce qui rend très clair le propos. En particulier, la deuxième salle fait dialoguer œuvres peintes et costumes avec beaucoup de finesse, grâce à un jeu de miroirs. Il faut imaginer que l’installation de chaque robe sur un mannequin a demandé une journée de travail ! Un tel défilé de mode rend bien visible la différence entre les robes à la française, très volumineuses, dont les plis en cascade depuis le haut du dos sont appelés plis Watteau, et les robes à l’anglaise, beaucoup plus cintrées, à la jupe moins large mais bouffante à l’arrière.

 

 

La faible luminosité, imposée pour la bonne conservation des textiles, permet de faire ressortir le goût pour le brillant, voire l’étincelant, une mode qui est particulièrement exhibée sur les pièces d’estomac immortalisées par Nattier.

Le saviez-vous ? On appelle pièce d’estomac l’élément amovible, en forme de triangle, qui se place au niveau du buste pour dissimuler le corps à baleines et ainsi fermer la robe à la française ; il s’agit d’une pièce du vêtement souvent très décorée.

 

 

Les peintres et la fabrique de la mode

La section suivante donne un aperçu du fourmillement des petits métiers de la mode, qui s’activent pour créer de telles pièces. Les sanguines de Watteau, Lancret et Marillier invitent notamment à distinguer le tailleur, qui coupe le tissu, et la marchande de mode, qui vient apporter un large choix d’accessoires à domicile. Certaines, comme Rose Bertin, modiste de Marie-Antoinette, deviennent ensuite suffisamment célèbres pour pouvoir ouvrir des boutiques : ainsi naît le prêt-à-porter. 

 

 

Les peintres sont aussi des acteurs décisifs de la « fabrique de la mode » en dessinant les accessoires et les motifs de broderie. Ainsi, les gouaches de broderies de gilet présentées permettent de retracer les quatre sources principales d’inspiration pour la création des motifs : les fleurs et la botanique, le théâtre et l’opéra, les chinoiseries et l’exotisme, ainsi que la mythologie et les allégories de l’Amour. La galanterie, d’ailleurs, se cache partout, tant sur les éventails que sur les étuis à billets doux.

 

 

Fantaisies d’artistes

Dans ce siècle de raffinement, le théâtre et les divertissements de la haute société se mêlent et s’entremêlent : la mode se met en scène dans les pièces de pastorales (histoires de bergers et de bergères) comme sur les portraits ou les porcelaines. Il en est de même pour les fêtes galantes, pratique sociale qui devient un genre pictural et une source d’inspiration sans fin.

 

Nicolas Lancret, Avant le bal costumé, deuxième quart du XVIIIe siècle, huile sur toile, Nantes, musée d’arts

 

Pour une histoire du négligé-déshabillé

En se répandant, le goût des pastorales entraîne une aspiration à plus de simplicité, qui se traduit dans la mode vestimentaire par un allègement des tenues et une vogue du blanc. Alors que les hommes se mettent à porter des gilets seuls et non plus accompagnés d’une veste, pour les femmes, le corps à baleines autrefois sous-vêtement devient une pièce de dessus. Cette mode plus fluide et dans les tons crème n’est pas sans rappeler les tenues des vestales romaines, alors que l’Antiquité revient à la mode avec les fouilles de Pompéi et d’Herculanum.

En parallèle de cette mode du déshabillé, la robe de chambre devient de plus en plus prisée, jusqu’à être portée comme un habit d’extérieur ; encensée par les écrivains et les intellectuels, ne devient-elle pas un peu l’emblème du Siècle des Lumières et de ses libertés ?

 

Victoire Houdré

Etudiante à l'Ecole du Louvre, je suis passionnée par la peinture française et européenne, peut-être parce que j'aime moi-même peindre et dessiner. Amateur d'art, artiste en herbe ou simple curieux, suivez-moi à travers les expositions parisiennes et je vous ferai découvrir ma passion pour l'art classique !

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