Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli,
au Musée des Arts Décoratifs

Du 6 Juillet 2022 au 22 Janvier 2023, les mondes surréalistes de la créatrice italienne Elsa Schiaparelli prennent vie dans une ambiance feutrée et fantasmagorique, au Musée des Arts Décoratifs. L’occasion d’observer sous toutes les coutures les 520 oeuvres réunies pour cette rétrospective, qui fait se rencontrer costumes et accessoires de mode, peintures, céramiques, bijoux, flacons de parfums, affiches et photographies d’artistes renommés, tels que Man Ray, Elsa Triolet ou encore Salvador Dalí.

La première salle, dont les murs sont couverts de centaines de dessins de collections, nous plonge directement au coeur de l’imaginaire de la créatrice, nous faisant prendre conscience de l’étendue de son oeuvre. Celle qui pendant près de 25 ans a affirmé sa griffe, nous est ensuite présentée dans toute sa sensibilité, qui transparait dans ses collaborations avec des artisans bijoutiers, ou dans l’amitié qui la lie à Jean Cocteau. Elle lui rend un hommage emprunt de poésie, en réalisant certaines pièces qui reprennent les dessins qu’il lui a dédié. Et c’est ainsi que nous passons de pièce en pièce, remontant le fil de sa vie à travers ses collections, découvrant ses multiples facettes et sources d’inspirations. Elsa Schiaparelli naît à Rome le 10 Septembre 1890, dans une famille d’intellectuels et d’aristocrates italiens habitant au palais Corsini. Elle a toujours entretenu une relation familière avec le milieu artistique, et ce bien avant de présenter sa première collection à Paris en 1927. Elle peignait et a grandi en observant les chefs d’oeuvres des peintres italiens de la Renaissance. Ses pièces richement ornementées, témoignent de sa fascination pour le Baroque. Ainsi, ses collections sont le reflet de ses sources d’inspirations. Les premières salles de l’exposition nous donne à voir trois d’entre elles : l’Antiquité italienne, la nature et la musique.

La collection « Païenne » est ponctuée de références aux Métamorphoses d’Ovide, que partage la collection « Papillon », ce dernier étant le symbole même de la métamorphose. Car quel insecte mieux que le papillon, peut incarner le changement d’apparence que permet la mode ? Elsa Schiaparelli rêvait d’être belle et aimait la couture pour sa capacité à pouvoir transformer ou compenser les manques des femmes. Le mot « papillon » vient également du grec psukhê, qui signifie âme. C’est pour cette raison qu’il est un symbole partagé par les surréalistes, qui s’intéressent de près aux profondeurs de notre inconscient et de notre être. La créatrice italienne a par ailleurs habillé l’épouse de Paul Éluard, fondateur du mouvement surréaliste en lien avec les découvertes de Freud sur l’inconscient et le rêve. Elsa Schiaparelli raconte dans ses mémoires les rêves qu’elle partageait avec la constellation d’artistes qui gravitaient autour d’elle. Une salle de l’exposition est consacrée à Salvador Dalí, avec qui elle collabora pour la première fois en 1936 pour créer des pièces de mode. Les pièces qui y sont exposées rendent compte de leur goût commun en matière de scandale et de provocation, qu’incarnent la fameuse « robe homard », ou le célèbre « chapeau chaussure ». L’exposition offre un nouveau regard sur la relation qu’entretenaient ces deux grands artistes, qui, par le passé, a bien souvent été ignorée.

À la suite de cet espace, nous sommes invités à gravir les marches conduisant au second niveau de l’exposition, où nous pénétrons dans une reconstitution des salons de coutures du 21 Place Vendôme. S’ensuit une enfilade de salles révélant la fièvre créatrice d’Elsa Schiaparelli, fièvre qui a inspiré de nombreux couturiers qui lui rendent hommage, comme c’est le cas d’Yves Saint Laurent, de Christian Lacroix, d’Azzedine Alaïa ou de John Galliano. L’incroyable virtuosité dont témoignent les broderies de la maison Lesage scintille sous nos yeux, tendis qu’un peu plus loin, des senteurs sensuelles et enivrantes nous parviennent de « La cage des parfums ». Si tous commencent par la lettre S, comme le nom de la créatrice, le parfum Shocking sorti en 1935 se dinguera des autres en devenant sa signature. Le parcours revient ensuite sur les thématiques du cirque et de la commedia dell’arte, qui lui ont inspiré bon nombre de ses créations, pour déboucher sur une pièce dont la scénographie, signée Nathalie Crinière, évoque la galerie des Glaces du Château de Versailles. Tels des joyaux, les costumes présents dans chacune des vitrines de la salle brillent de mille feux, rappelant parfois la nature superstitieuse de la créatrice italienne, qui s’intéressait à l’astrologie. Son oncle, Giovanni Schiaparelli, était un astronome ayant fait plusieurs découvertes relatives à la planète Mars. Il prétendait reconnaitre la constellation de la Grande Ourse, dans le positionnement des grains de beauté qu’Elsa Schiaparelli avait sur l’épaule. Celle-ci en fit en un motif qui devint un véritable porte bonheur.

L’exposition s’achève sur une salle consacrée aux créations de Daniel Roseberry. Directeur artistique de la maison Schiaparelli depuis 2019, il ne cesse de réinterpréter son héritage. De nombreuses couvertures de magazines, où figurent des actrices et des mannequins portant du Schiaparelli, couvrent les murs. Le parcours trace ainsi un trait d’union, entre les grands noms de l’époque ayant été habillés par Elsa Schiaparelli et les célébrités actuelles, faisant des créations de la maison, des pièces intemporelles.

 

Ce n’est pas un hasard si l’exposition ouvre au public deux jours seulement après la présentation de la collection haute couture automne-hiver 2022-2023 de la maison Schiaparelli, intitulée « Renaissance ». L’exposition a été réalisée en collaboration avec la maison, ce qui explique la présence de nombreux modèles contemporains, que l’on retrouve tout au long du parcours. Le recours à des pièces actuelles peut également s’expliquer par certaines difficultés qu’a rencontré le Musée des Arts Décoratifs. En effet, selon les dires de Marie-Sophie Carron de la Carrière, assurer le commissariat de l’exposition fut un travail passionnant, parfois semblable à une chasse au trésor, quand il s’agissait de mettre la main sur des pièces disséminées dans plusieurs collections. Ainsi l’exposition offre un éventail de créations contemporaines et de pièces iconiques, qu’on ne se lasse pas de contempler. Un réel plaisir pour les yeux, qui saura vous enchanter !

angie linconnu

Angie Linconnu est diplômée de l’Université Panthéon-Sorbonne en Histoire de l’art et suit aujourd’hui le master Musées et Nouveaux Médias à la Sorbonne Nouvelle. Fascinée par les atmosphères, elle a rédigé un mémoire sur les expositions immersives, où elle analyse les stratégies qu’établissent différentes institutions en la matière. Ayant évoluée dans les secteurs de la mode et de l’événementiel, elle s’intéresse désormais aux manifestations artistiques dans toute leur diversité.

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