Louboutin pris en flagrant délit d’Exhibition[nisme] à la Porte Dorée !

Louboutin Paris Exhibition

Christian Louboutin et Whitaker & Malem, Nudes, 2009

Christian Louboutin L’Exhibition[niste] – Du 26 février au 26 juillet 2020 au Palais de la Porte Dorée

Dans la continuité de l’exposition “Marche et Démarche” qui se tient au Musée des Arts Décoratifs (prolongée jusqu’au 22 mars), c’est au tour du plus grand chausseur français connu dans le monde de faire état de son art dans le domaine. Louboutin pris en flagrant délit d’Exhibition[nisme] à la Porte Dorée ! Christian Louboutin se met à nu dans sa première exposition personnelle en France pour nous présenter son univers, ses inspirations et ses créations. Lui dont le nom propre est devenu un nom commun – on dit de ses souliers “des louboutins” – accède au statut de mythe en faisant rentrer ses créations au musée. Ce qui nous fait dire que la saison 2019-2020 aura été décidément très riche pour la chaussure ! 

En 1992, lorsqu’il peint une semelle avec du vernis à ongle appartenant à son assistante, il crée une signature qui va le propulser comme véritable star de la chaussure. Cette semelle rouge, aujourd’hui protégée – on ne compte plus les procès à l’encontre de possibles plagiats – devient le leitmotiv de la scénographie de l’exposition. Au départ fabricant de souliers pour les danseuses des revues parisiennes, il dessine aujourd’hui des souliers pour femmes, hommes (à l’initiative du chanteur franco-libanais Mika), mais aussi plus récemment pour les enfants. Sans vouloir être un catalogue exhaustif de trois décennies de création, l’exposition vise avant tout à mettre en lumière le processus de création de Christian Louboutin.

Ce que disent les chaussures de son porteur

Il choisit de se dévoiler dans un lieu loin d’être anodin. Enfant du quartier (sa famille vivait rue Daumesnil), il vécut dans une proximité constante avec l’ancien Musée des arts océaniens et africains durant toute son enfance. Il est alors profondément marqué lors d’une visite dominicale avec sa sœur par un panneau d’interdiction situé à l’entrée du musée. Un profil très graphique de soulier à talon est violemment barré de rouge. En effet, les bouts des talons aiguilles des femmes étaient à l’époque recouverts d’une pièce métallique qui raillait parquets et précieuses mosaïques. Cette signalétique perçue par le tout jeune Christian – particulièrement intéressante puisqu’on y voit à la fois une évocation de ce rouge caractéristique des souliers, mais aussi la notion de l’interdit si chère au créateur – trouve sa place d’honneur au tout début de l’exposition. De même, lorsqu’il réalise son premier prototype de soulier en peau de maquereau, c’est au musée qu’il effectue des clichés. Parce que c’est là que tout a commencé, c’est tout naturellement qu’à la proposition de la directrice du Musée d’organiser une exposition rétrospective il accepte de se dévoiler. Enfance, famille, voyages… à travers les souliers qu’il a créés, on entrevoit son monde intérieur, son univers. De ce créateur-star qui a été jusqu’à présent plutôt discret sur son intimité, on découvre un personnage facétieux, avide de créer, ayant le souci de préserver les savoir-faire, curieux et éclectique dans ses choix artistiques. En choisissant de ne parler que de lui, il crée une sorte de mythe à sa gloire personnelle.

A la gloire des métiers d’art

Palanquin d’argent fabriqué par l’Orfeberia Villareal de Séville et décoré par les ateliers de broderie du couturier Sabyasachi Mukherjee à Calcutta sur lequel repose un soulier monumental en cristal de synthèse par l’artiste Stéphane Gérard

Maison du Vitrail Paris pour Christian Louboutin, La Ballerina Ultima

De son père qui était artisan, il conserve un goût pour l’observation minutieuse des objets et des métiers d’art. D’ailleurs, quand il parle de son travail, il se considère d’abord comme un artisan du luxe. Tout au long de l’exposition, il met à l’honneur l’artisanat en invitant des  façonniers du monde entier : la Maison du Vitrail à Paris a conçu huit panneaux vitrés spécialement pour l’événement, ou encore plus somptueux, un palanquin en argent a été fabriqué par l’Orfebreria Villareal de Séville, puis décoré de riches broderies réalisées en Inde dans les ateliers du couturier Sabyasachi Mukherjee à Calcutta. L’ensemble participe à monumentaliser la scénographie en provoquant l’admiration (un peu forcée par des grands renforts d’éléments tapageurs) du visiteur. Cette théâtralisation de la chaussure portée comme idole fera le bonheur des aficionados des souliers à semelle rouge.

Parce qu’il a conscience que l’artisanat est en danger, il n’hésite pas à réaliser des modèles dans le respect d’une tradition locale avec des artisans étrangers au détriment des coûts financiers. C’est le cas notamment du modèle Mystic Cloud, qu’on peut admirer dans la Salle des Trésors, où les talons en bois ont été sculptés et peints dans les ateliers royaux du Bhoutan. Bien qu’il est indéniable que les ateliers du créateur se surpassent dans leur adresse (qu’on pense à la minutie et la précaution nécessaires rien que pour la pose de cristaux sur une chaussure, très bien illustrée dans une vidéo), c’est à notre sens dans la toute première salle que l’artisanat de Christian Louboutin est le mieux illustré. Cette salle présente les débuts du créateur dans les années 80-90. Il conçoit alors des souliers drôles et décalés réalisés à partir de matières improbables, comme des canettes de bière, le tout dans une atmosphère d’émulation créative intense que l’on ne retrouve pas par la suite. Les codes du luxe, aux finitions lisses et aux coutures régulières, sont passées par l’atelier des débuts.

Les moments forts d’une création

Le Pop Corridor, apothéose du rouge et miroir d’une société en Louboutin !

Les grands thèmes exploités par le créateur sont amplement représentés dans des salles thématiques. On est véritablement immergé dans le monde du spectacle, celui de la pop culture, ou dans l’univers subversif et érotique de l’artiste Pierre Molinier présenté (un peu lourdement ?) par Stéphane Bern. Les grands blockbusters sont présents : le fameux escarpin Pigalle au talon droit de dix ou douze centimètres, symbole universel de féminité. Dans ce qui était assez attendu de l’exposition, on a eu le plaisir de découvrir des créations peu médiatisées comme la collection Nudes réalisée en 2009. Véritable geste politique dans l’histoire de la mode, le créateur a décliné dans 8 nuances différentes des chaussures qui s’adaptaient à tous les types de carnation, montrant par là une profonde volonté d’inclusion. D’autres pièces issues des collections particulières de Dita Von Teese, grande amie et cliente fidèle de la maison, ou du chanteur Mika illustrent des facettes moins connues du créateur comme la réalisation de chaussures masculines. Nous avons eu un grand coup de cœur pour les souliers de scène de Mickaël Jackson, nommés Freddy, et réalisés pour sa tournée “This is it” en 2009 !

Souliers de scène de Mickaël Jackson, nommés Freddy, et réalisés pour sa tournée “This is it” en 2009

Un panthéon éclectique

Suit ensuite une grande galerie qui fait le tour d’une cour intérieure toute de mosaïque vêtue. De suite, l’œil est moins agressé par ce rouge tapageur et sulfureux. Dans cette exposition au caractère clinquant, on comprend que l’on pénètre dans une zone davantage muséale. En effet, du mobilier, des photographies, des sculptures appartenant au musée imaginaire de Christian Louboutin, sont exposées de manière traditionnelle. Des œuvres issues de l’art africain et contemporain, de la culture queer, des arts décoratifs anglais, ou inspirés de l’Egypte antique sont rassemblées. On regrette pour certains cas que les souliers ne soient pas mis en relation avec les œuvres d’art qui ont influé sur l’imaginaire et la conception de Christian Louboutin. Notamment l’exemple des chaussures à talon exposées dans la Salle des Trésors inspirées des poupées kachina du Musée Imaginaire illustré ci-dessous. Les œuvres, appartenant à tous les domaines d’expression artistique, sont toutes extrêmement pertinentes. Cependant, ce parti pris de présenter à part les influences artistiques, comme un mood board, et de manière successive, sans lien apparent, donne l’aspect d’un cabinet de curiosité, mettant peu en valeur ces pièces.

Pour approfondir :

Visionnage du documentaire produit par Arte et réalisé par Olivier Garouste “Sur les pas de Christian Louboutin” en replay jusqu’au 11 avril 2020 

Informations pratiques : Christian Louboutin : L’Exhibition[niste]

Plein tarif : 12 euros
Tarif réduit : 9 euros

Le billet de l’exposition inclut l’accès au Musée et à l’Aquarium

Attention ! Une fermeture anticipée de la billetterie peut être envisagée en cas de forte affluence

PALAIS DE LA PORTE DOREE, 293, avenue Daumesnil, Paris 12e

 : Porte Dorée (ligne 8)

Author

Sophie n'a pas peur du marathon des expositions parisiennes ! Infatigable, elle saura vous procurer les meilleurs conseils sur l'exposition du moment. Passionnée par la mode et le costume, vous la croiserez autour du Marais, du faubourg Saint-Honoré, rue de la Paix ou de Rivoli.

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