Perspectives vertigineuses, corps lancés dans tous les sens, lumières de projecteur : la peinture de Tintoret n’a rien d’immobile. Le musée Jacquemart-André lui consacre le premier panorama français de toute sa carrière.
Il y a des peintres que l’on associe immédiatement à une époque. Et puis il y a ceux dont certaines œuvres semblent avoir été peintes plusieurs siècles trop tôt.
Tintoret fait partie de ceux-là.
Du 11 septembre 2026 au 24 janvier 2027, le musée Jacquemart-André lui consacre Éternel Tintoret, présenté comme le premier panorama organisé en France couvrant l’ensemble de sa carrière.

Qui était vraiment Tintoret ?
Son vrai nom est Jacopo Robusti. Son surnom, Tintoretto, vient du métier de son père, teinturier.
Né en 1518 ou 1519, il passe pratiquement toute sa carrière à Venise et s’impose progressivement comme l’une des grandes figures de la peinture du XVIe siècle. Son ambition est immense. Son atelier également.
Dans la seconde moitié du siècle, il obtient de prestigieuses commandes pour des institutions vénitiennes aussi importantes que le Palais des Doges ou la Scuola Grande di San Rocco.
Mais ce qui nous intéresse davantage que sa carte de visite, c’est sa manière de peindre.
Des tableaux qui ressemblent presque à des scènes de cinéma
Les œuvres de Tintoret sont rarement sages. Les corps sont projetés dans l’espace, les diagonales traversent les compositions, les éclairages semblent parfois surgir d’un projecteur invisible.
Le musée insiste d’ailleurs sur ses perspectives vertigineuses, ses effets de lumière et la rapidité de sa touche, connue sous le terme italien prestezza.
Il cherche à associer deux traditions qui auraient pu sembler difficilement conciliables : la force du dessin toscan, notamment celle de Michel-Ange, et la couleur de la peinture vénitienne incarnée par Titien.

Ses contemporains eux-mêmes étaient frappés par sa vitesse d’exécution — un trait que l’exposition met en avant dès l’entrée.
Résultat : une peinture qui peut être spectaculaire, étrange et parfois presque excessive. Et c’est probablement ce qui explique qu’elle continue à fonctionner plusieurs siècles plus tard.
Une quarantaine d’œuvres pour parcourir toute sa carrière
Le musée Jacquemart-André rassemble une quarantaine de peintures et d’œuvres graphiques provenant de collections françaises, italiennes et internationales.
Parmi les œuvres annoncées figurent notamment Le Miracle de saint Augustin, La Trinité, Danaé, Suzanne et les Vieillards, plusieurs portraits ou encore des études liées à Michel-Ange.

Mais l’exposition ne se contente pas de présenter Tintoret comme une immense figure de la Renaissance. Elle s’intéresse également à ce qu’il laisse derrière lui.
Tintoret après Tintoret
C’est probablement la partie du projet que nous trouvons la plus intéressante. L’exposition cherche aussi à montrer comment Tintoret devient une référence pour des artistes beaucoup plus tardifs.
Le parcours fait ainsi apparaître des œuvres ou références liées à Ingres, Delacroix, Manet ou encore Cézanne.

Autrement dit, Éternel Tintoret n’est pas uniquement une exposition sur la Venise du XVIe siècle. C’est aussi une exposition sur la façon dont l’histoire de l’art se construit par filiations, copies, admirations et réinterprétations.
Cette peinture italienne et cette Venise du XVIe siècle, nous les avions déjà croisées avec Le Greco au Grand Palais et la collection Alana.
Et le musée Jacquemart-André change aussi la visite
Il faut aussi parler du lieu. Voir Tintoret dans les salons du musée Jacquemart-André n’est évidemment pas la même expérience que de le voir dans un immense musée contemporain.
Ancienne demeure d’Édouard André et Nélie Jacquemart, le bâtiment participe lui-même à la sortie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous éviterions de programmer trois musées le même jour.
Ici, mieux vaut prendre le temps. Voir l’exposition, parcourir la maison et accepter que la visite fasse partie d’un après-midi plutôt que d’un marathon culturel.
Notre avis sur l’exposition Tintoret au musée Jacquemart-André
Pour Olivier, l’exposition est avant tout très instructive. Elle fonctionne particulièrement bien lorsqu’elle montre le processus de création de Tintoret et pas uniquement les grandes peintures achevées.

Les dessins préparatoires font d’ailleurs partie de ses coups de cœur : ils permettent de comprendre comment l’artiste construit les corps, les mouvements et ses compositions parfois très complexes.
Autre œuvre qui l’a particulièrement marqué : la scène représentant la création des animaux, l’un des tableaux qu’il a préféré dans le parcours.

Il y a néanmoins un détail pratique à connaître avant de réserver : les salles sont relativement petites. Or les œuvres de Tintoret gagnent souvent à être vues avec quelques mètres de recul. Nous vous conseillons donc, si possible, de privilégier un horaire calme plutôt qu’un créneau très fréquenté.
Pour la visite, 45 minutes environ permettent de profiter correctement du parcours sans se presser.

Vu par Parisienneries — Olivier
Nous avons découvert l’exposition lors du vernissage presse.
→ Notre sélection des expositions de la rentrée 2026 à Paris.
Informations pratiques
Éternel Tintoret
Musée Jacquemart-André — 158 boulevard Haussmann, Paris 8e
Du 11 septembre 2026 au 24 janvier 2027, tous les jours de 10h à 18h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h, week-end jusqu’à 19h).
Plein tarif : 19 € ; tarif réduit : 16 € ; 7-18 ans : 10 € ; forfait famille : 51 €.
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