Peindre hors du monde, Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing, Collection Chih Lo Lou

Musée Cernuschi, Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing, Peindre hors les murs

Connaissez-vous ce sentiment, quand on se retrouve face à face avec la nature ? On se laisse souvent éblouir par la vue qui s’étend à nos yeux : les montagnes et les forêts plongées dans le brouillard ; les rochers sombres et mystérieux ; la danse cristalline l’eau dans les cascades, les lacs et la mer… On se sent souvent écrasé par la grandeur de la nature dans cette confrontation, qui semble nous rappeler à quelle point l’homme est seulement un petit élément dans le tableau de la vie.

Cet aspect semble être une idée directrice de la nouvelle exposition au Musée Cernuschi, Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing intitulée Peindre Hors du Monde. Organisée conjointement par le musée Cernuschi, musée des arts de l’Asie de la Ville de Paris et le musée d’art de Hong Kong, elle présente un ensemble de plus de cent chefs-d’oeuvre de la peinture chinoise ancienne. On compte parmi eux des peintures et des calligraphies exceptionnelles, le résultat du travail du pinceau des plus grands maitres des dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912). Ces oeuvres, patiemment rassemblées par le collectionneur Ho Iu-kwong (1907-2006) dans la collection surnommée Chih Lo Lou, sont exposées en Europe pour la première fois.

 

Saviez-vous que?



La collection Chih Lo Lou a été initiée dans les années 1950 par un collectionneur Ho Iu-kwong. Elle a permis de préserver un patrimoine qui semblait promis à la dispersion. Les oeuvres rejoignent les collections publiques du musée d’art de Hong Kong. Le nom de la collection Chih Lo Lou désigne le « pavillon de la félicité parfaite » et évoque à la fois la félicité inséparable de la contemplation des chefs-d’oeuvre, mais aussi celle qui naît de l’accomplissement d’une action généreuse.

Cette collection est renommée pour ses peintures et ses calligraphies plus particulièrement de la période située entre le milieu de XVe siècle et le début du XVIIIe siècle. C’est une période marquée par une profonde rupture historique, qui se traduit par une transition dynastique. Au cours de ces trois siècles les aspirations des sages et des poètes à se retirer du monde pour vivres dans les forets et des montagnes trouve un reflet dans la peinture chinoise sous le pinceau des peintres lettrés (comme Shen Zhou et Wen Zhengming) ou des célèbres moines (Bada Shanren et Shitao).

Saviez-vous que ?

 

L’apogée de la dynastie Ming est marquée par une prospérité remarquable du Sud de la Chine, qui s’accompagne d’une renaissance culturelle. Quelques décennies plus tard l’affaiblissement politique progressif de la dynastie Ming aboutit en 1644 à la prise de Pekin par des rebelles. Les forces mandchoues postées près de la Grande Muraille marchent sur la ville, avant de progresser vers le Sud de l’empire. Il faudra près de quarante and après l’établissement de la dynastie Qing pour mettre fin aux espoirs des loyalistes Ming, essayant de retrouver leur place dans une nouvelle société.

 

Le spectateur est invité à suivre un parcours en huit étapes, durant lequel il découvre l’histoire de la peinture chinoise de cette période de transition dynastique. Chaque étape présente un aspect de la peinture chinoise, le but étant de montrer sa diversité et son dynamisme. Les oeuvres marquantes illustrent le contexte historique évoqué. Elles reflètent les idées conductrices de la création des artistes. L’exposition présente également des oeuvres écrites  qui font référence aux peintures, ce qui permet au spectateur de créer des parallèles et de comprendre le sens caché derrière les paysages représentés. L’art en Chine est en effet considéré comme un reflet moral de l’artiste et de sa pensée, il est un moyen de faire passer un message. Les peintres font souvent référence aux artistes du passé, ils reproduisent leur style. Ce jeu, en plus d’être une forme de l’hommage fait aux peintres antérieurs, fait parti intégral du processus de création. En Chine le retour en arrière est une manière de créer un nouveau vocabulaire artistique, une nouvelle forme d’expression, qui pourrait être qualifiée d’un processus d’innovation dans la peinture. Cette nouvelle expression accompagnait souvent les artistes dans leurs tentatives de retrouver leur place dans une société nouvelle.

Saviez-vous que?

La calligraphie en Chine est un moyen de lire le caractère moral et la pensée de l’artiste. En effet retracer les mouvements de sa main et marquer ses moment de respiration permet de mieux comprendre l’action du corps dans le processus créatif.

Une expérience immersive

Un rôle important dans l’expérience de visiteur joue également le décor de l’exposition. Les murs ont été peints en vert pour souligner le sujet des peintures et en marron pour faire référence à la calligraphie. La disposition des oeuvres sous des angles différents reflète la diversité du paysage, qui est une idée conductrice de l’exposition. L’espace est très bien aménagé, on a l’impression que les peintures sont dynamiques et vivants et que les paysages représentés nous enferment dans un environnement tout à fait unique. Le parcours est enrichi également par des supports numériques et pédagogiques, qui améliorent la compréhension de sens des oeuvres.

 

L’exposition Peindre Hors du Monde au musée Cernuschi a suscité mon intérêt et je n’ai pas été déçu. L’accueil très chaleureux et l’exposition très intéressante ont résulté d’une expérience enrichissante et agréable. L’exposition propose des visites guidées, mais également des activités diverses, lesquelles je vous invite vivement à découvrir! Musée Cernuschi vous propose de découvrir cette exposition du 5 novembre 2021 au 6 mars 2022!

jeremiasz blachnik

Un auteur inconnu et rêveur, j’ai souvent les pensées perdues dans les débats philosophiques avec les nuances de mon existence. Passionné par l’Histoire, l’Art et la Littérature, je m’envole souvent vers les pays lointains, remplis de mystères et de fantaisie. L’exploration et l’aventure sont mes deux soeurs et la légende est mon futur surnom. Diplômé d’une double licence d’Histoire de l’Art et Archéologie et Histoire à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, je suis actuellement en Master 1 de Communication du savoir, Technologies de la connaissance et Management de l’information.

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