L’exposition Noir et Blanc : une esthétique de la photographie hors des murs du Grand Palais

Reportée à deux reprises et dont les portes devaient se fermer le 1er février dernier, l’exposition Noir et Blanc : une esthétique de la photographie tant attendue n’aura finalement pas lieu. Pour consoler les amateurs d’art, le Grand Palais a décidé tout d’abord, et ce jusqu’au 28 février d’exporter quelques chefs-d’œuvre de l’exposition dans treize stations et gares du réseau de la RATP. En complément, deux expositions virtuelles sont mises en place et ce jusqu’au 18 juin 2021. La première formule propose une visite guidée par un.e guide conférencier.ère de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais qui permet de découvrir en une heure à la lumière des commentaires du guide l’exposition. Un temps d’échange est même prévu en fin de visite. La seconde formule propose une visite autonome avec audioguide ; chaque période réservée dure du mercredi au mardi suivant, ce qui permet d’avoir la possibilité d’admirer à plusieurs reprises la reproduction virtuelle.

Une histoire de la photographie

Nicéphore Niepce, vers 1824, invente le premier procédé photographique. Les photographies étaient obtenues, après un temps de pose de plusieurs jours, à partir de bitume de Judée étendu sur une plaque d’argent. En 1832, avec l’aide de Louis Jacques Mandé Daguerre avec qui Nicéphore s’est associé trois ans plus tôt, un second procédé est mis au point. Grâce à un résidu de distillation d’essence de lavande, le temps de pose est réduit à une journée. Après la mort de Nicéphore Niepce, Daguerre continua leurs recherches et inventa en 1838 le premier procédé comportant une étape de développement ; le temps de pose se trouva réduit à trente minutes. En juillet 1839, Hippolyte Bayard mis au point un procédé permettant d’obtenir des images directement positives sur papier. En 1841, William Henry Fox Talbot breveta le premier procédé négatif/positif permettant la multiplication d’une même image. Jusqu’alors, toutes les photographies étaient en noir et blanc. En effet, les seules tentatives de reproduction des couleurs se révélèrent être instables. En utilisant le principe de la décomposition de la lumière, Louis Ducos du Hauron parvient en 1869 à obtenir la première photographie en couleurs. En 1891, Gabriel Lippman découvrit le moyen d’obtenir des photographies en couleurs directement sur la plaque finale. Les procédés évoluèrent à travers le temps, et sont encore mis au point aujourd’hui. La fin du noir et blanc aurait pu avoir lieu avec la commercialisation en 1907 du premier procédé photographique couleur puis la généralisation des négatifs et diapositives couleur dans la seconde moitié du XXème siècle mais cela ne fût pas le cas.

Collections de la Bibliothèque nationale de France

L’exposition du Grand Palais réunit des photographies, plus de trois cents, réalisées entre 1852 et 2020 par des artistes du monde entier, en noir et blanc et appartenant aux collections de la BnF. En effet, la Bibliothèque nationale de France a, très tôt, eu à cœur de collecter et conserver des témoignages de l’art photographique monochrome. Les artistes mis en avant sont au nombre de 204 et viennent de 36 pays différents. Parmi eux l’on retrouve les éternels Man Ray, Nadar, Mario Giacomelli, Valérie Belin, Diane Arbus.

Quelques artistes de l’exposition Noir et Blanc : une esthétique de la photographie

Félix-Nadar-Sarah-Bernhardt-1864

Félix Nadar, de son vrai nom Gaspard Félix Tournachon (1820 – 1910), fût le photographe en vogue au XIXème siècle. En 1858, il a réalisé une photographie en extérieur, et ce à bord d’un avion, cet exploit fait de lui le pionnier de la photographie aérienne. Cependant, l’artiste est surtout célèbre pour ses portraits de grandes figures de l’époque. 

Gustave Courbet, Charles Baudelaire, Eugène Delacroix et bien sûr Sarah Bernhardt. C’est l’un de ses portraits qui est présenté à l’exposition.

Gilbert Fastenaekens est un photographe belge dont les œuvres font partie du « style documentaire ». Ce style se caractérise par une reproduction du réel et l’appropriation nouvelle de ce dernier. Le photographe confère à ses prises de vue une capacité à capturer le spectateur. Celui-ci vit une véritable expérience visuelle face à ses travaux, il ressent une émotion photographique.

Mario Giacomelli est un photographe italien du XXème siècle. Connu pour ses effets graphiques et ses contrastes appuyés. Il est un photographe de laboratoire qui retravaille ses prises de vue en supprimant des formes, en accentuant les contrastes, en superposant les diapositives. Une certaine poésie voire rêverie émane de ses clichés.

Visite virtuelle autonome

L’exposition débute avec l’habituel panneau de présentation mais, magie du virtuel, celui-ci s’accompagne d’une introduction audio par Sylvie Aubenas, commissaire de l’exposition. De plus, ce panneau s’accompagne d’un mode d’emploi clair et concis expliquant toutes les fonctionnalités de la visite virtuelle. La photographie en noir et blanc permet de donner une importance à l’esthétique. Ce type de clichés permet de crée une distance, un recul qui permet d’évoquer avec insistance des thèmes particuliers comme la mort, la nuit ; thèmes ayant des affinités avec la littérature et les arts graphiques. Il exalte les ombres et la lumière. Alors, pour retranscrire au mieux ce que certains nomment l’essence même de la photographie, une qualité supérieure d’image est attendue pour la visite. Fort heureusement, cela est le cas. Tout type d’œuvres est présenté durant cette exposition : des photographies en extérieur, des portraits. La déambulation, pour les découvrir se fait de façon thématique et non chronologique. Les changements thématiques sont expliqués par des panneaux d’introduction. Les thèmes sont tels que de rapprochements ou confrontation entre les artistes, les époques, les horizons sont possibles. De plus, une mise en valeur visuelle des œuvres est réalisée à l’aide de la scénographie minimaliste de l’exposition. En ce qui concerne les modalités propres à l’exposition virtuelles, les déplacements sont parfois peu aisés, alors, les raccourcis sont appréciables. Autre modalité l’étant, les audioguides. Ceux-ci sont très bien réalisés et possèdent une bonne qualité sonore. Certains possèdent une bande son musicale qui reste légère et donc agréable. Les explications sont claires et concises. L’accès aux scripts des audioguides est un plus. Cependant, les audioguides ne sont pas présents sur toutes les œuvres et l’agrandissement des cartels des œuvres est impossible, cela est dommage car certaines œuvres restent donc inconnues. De plus, certains placements permettant les observations ne permettent pas d’appréhender de la meilleure des manières certaines d’entre elles. En conclusion, cette exposition virtuelle a le mérite de mettre en avant, de façon remarquable, des artistes et leurs œuvres malgré les conditions sanitaires actuelles et les contraintes techniques.

Sources

https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/visites-en-ligne-de-lexposition-noir-blanc

https://www.cnap.fr/gilbert-fastenaekens

https://www.beauxarts.com/grand-format/nadar-en-2-minutes/

https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/visites-en-ligne-de-lexposition-noir-blanc

Histoire de la photographie

Imane machkour

Étudiante à l'école du Louvre passionnée d'art, d'histoire et plus généralement de toute forme d'apport culturel, je tenterai de vous partager mes découvertes.

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