Le Savoir en trompe-l’œil au musée Guimet : quand les Coréens inventaient déjà nos fonds d’écran

Paris culturel · Musée Guimet

Des bibliothèques peintes en trompe-l’œil — livres, porcelaines, animaux fantastiques : le musée Guimet raconte le chaekgeori coréen. Julia est allée le voir pour Parisienneries.

Vous pensiez que les fonds d’écran étaient nouveaux ? Détrompez-vous.

À la fin du XVIIIe siècle, le roi de Corée Jeongjo avait déjà trouvé un moyen de rester entouré de sa bibliothèque lorsqu’il n’avait pas le temps de lire : la faire peindre.

À partir du 16 septembre 2026, le musée Guimet consacre une exposition à cet art étonnant appelé chaekgeori, littéralement associé aux livres et aux objets.

Bibliothèques remplies de livres, porcelaines, instruments d’écriture, bronzes et objets précieux se déploient sur de grands paravents avec un sens du trompe-l’œil qui paraît parfois étrangement contemporain.

Et derrière ces très belles images se cache une histoire beaucoup plus intéressante qu’une simple tendance décorative.

Le musée Guimet et sa rotonde, banderole de la rentrée coréenne
Le musée Guimet, place d’Iéna, en habits de rentrée coréenne. Photo Parisienneries.

Le chaekgeori, c’est quoi exactement ?

L’histoire commence sous la dynastie Joseon.

Le roi Jeongjo, qui règne de 1776 à 1800, accorde une place particulièrement importante aux livres et au savoir. Mais les affaires du royaume lui laissent peu de temps pour lire.

Il commande alors aux peintres de l’Académie royale des représentations en trompe-l’œil de bibliothèques destinées notamment à son cabinet de travail et à son environnement royal.

L’idée est magnifique : même lorsqu’il ne lit pas, le souverain peut rester symboliquement entouré de ses livres. Le chaekgeori est né. Et il va rapidement quitter le seul palais royal.

Bien avant Pinterest, montrer ce que l’on aimerait posséder

C’est probablement ce qui rend cette exposition aussi actuelle. Car ces bibliothèques peintes ne représentent pas nécessairement ce que leurs propriétaires possèdent réellement.

Elles montrent aussi ce qu’ils aimeraient posséder. Livres, porcelaines, objets chinois, japonais ou occidentaux deviennent autant de signes de culture, de curiosité et parfois de statut social.

En d’autres termes : on construit déjà une image de soi à travers les objets que l’on choisit de montrer.

Difficile de ne pas penser à nos bibliothèques soigneusement photographiées, nos arrière-plans de visioconférence ou les intérieurs parfaitement composés que l’on enregistre sur Pinterest. Le support a changé. Le réflexe, manifestement beaucoup moins.

Le musée Guimet décrit justement ces compositions comme une sorte de « cabinet des désirs » davantage que comme le relevé fidèle d’une véritable collection.

Quand la Corée rencontre la Chine… et la perspective européenne

Autre idée reçue que l’exposition vient bousculer : celle d’une Corée de Joseon complètement refermée sur elle-même.

Les ambassades coréennes envoyées à Pékin découvrent les cabinets de trésors chinois mais aussi les techniques de perspective introduites à la cour des Qing par des artistes jésuites européens.

Les peintres coréens s’emparent alors de ces influences sans simplement les copier. Ils inventent leur propre langage visuel.

Accumulation érudite venue de Chine, perspective occidentale et culture coréenne se rencontrent pour produire ces images extrêmement particulières. L’exposition présente notamment un rouleau peint de plus de cinq mètres datant du XVIIIe siècle et des œuvres provenant du Louvre et de l’Asian Civilisations Museum de Singapour.

Et les bibliothèques finissent par devenir complètement fantastiques

Ce qui frappe, dans le parcours, c’est l’évolution du chaekgeori.

Paravent chaekgeori peint en trompe-l'œil, musée Guimet
Un paravent chaekgeori : livres, porcelaines et objets savants peints en trompe-l’œil. Photo Parisienneries.

Car les compositions deviennent progressivement moins sages. À partir de la fin du XVIIIe siècle, les perspectives se déforment, les objets s’émancipent du réel et des animaux fantastiques apparaissent.

La bibliothèque savante devient presque un univers imaginaire. Le musée va jusqu’à rapprocher certaines de ces évolutions du surréalisme, du fauvisme et de l’onirisme.

Et c’est précisément là que l’exposition devient beaucoup plus surprenante que son titre ne le laisse penser.

Notre avis sur Le Savoir en trompe-l’œil au musée Guimet

Ce qui reste après la visite n’est finalement pas seulement l’image de très beaux paravents.

Julia a surtout retenu ce qu’ils racontent des différentes cultures et manières de penser en Asie.

Parisienneries (Julia) au musée Guimet, devant une sculpture khmère
Julia, pour Parisienneries, dans les collections du musée Guimet. Photo Parisienneries.

Dans ces bibliothèques peintes, les livres et les objets ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils renvoient à l’importance accordée par la tradition confucéenne à l’étude, à l’érudition et à la transmission du savoir. Cela crée un contraste intéressant avec d’autres courants philosophiques et religieux asiatiques, notamment certaines traditions bouddhiques où le détachement à l’égard des possessions occupe une place plus importante.

L’exposition a donc un mérite supplémentaire : elle évite de traiter « l’Asie » comme un ensemble culturel homogène.

Visuellement, les paravents peints sont le véritable coup de cœur de la visite. Il faut s’approcher pour observer l’accumulation de livres, porcelaines et objets, puis reprendre du recul pour voir comment fonctionne le trompe-l’œil.

La visite est assez courte : 30 minutes environ suffisent pour l’exposition seule.

Avec des enfants ?

Nous ne choisirions pas forcément cette exposition comme première sortie au musée avec de jeunes enfants. Le propos est plutôt savant et la visite repose beaucoup sur l’observation des œuvres et leur contexte.

En revanche, Guimet est loin d’être un musée à exclure avec eux. Il propose des activités spécifiques pour les familles et les jeunes publics dès 5 ans, avec notamment des ateliers créatifs autour des cultures asiatiques. Un atelier « Paravents de Corée » est justement programmé autour de cet univers.

Vu par Parisienneries — Julia

Nous avons découvert Le Savoir en trompe-l’œil au musée Guimet.

Ce qu’on en retientAu-delà de la beauté des œuvres, l’exposition permet surtout de mieux percevoir les différences entre les traditions culturelles et philosophiques d’Asie. Le confucianisme accorde une place centrale à l’étude, aux livres et à la transmission du savoir, ce que racontent parfaitement ces bibliothèques peintes remplies d’objets savants. À l’inverse, certaines traditions bouddhiques mettent davantage l’accent sur le détachement vis-à-vis des possessions matérielles. L’exposition rappelle ainsi à quel point il est réducteur de parler d’une seule « culture asiatique ».
Notre œuvre préféréeLes grands paravents peints, spectaculaires par leurs couleurs, l’accumulation de détails et leurs jeux de perspective.
Temps de visiteComptez environ 30 minutes pour l’exposition seule.
Notre conseilL’exposition en elle-même n’est pas celle que nous choisirions en priorité avec de jeunes enfants : le sujet reste assez pointu et demande de prendre le temps d’observer et de comprendre les œuvres. En revanche, ne passez pas à côté de la programmation jeune public du musée Guimet : ateliers et activités pour les familles dès 5 ans, avec notamment en octobre un atelier « Paravents de Corée » inspiré de l’univers des lettrés coréens.
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Informations pratiques

Le Savoir en trompe-l’œil. Corée, XVIIIe-XXe siècle
Musée Guimet — 6 place d’Iéna, Paris 16e
Du 16 septembre 2026 au 4 janvier 2027
Plein tarif : 15 € ; tarif réduit : 12 €.

Gratuit notamment pour les moins de 18 ans et les 18-25 ans ressortissants de l’Union européenne, ainsi que pour les collections et expositions temporaires le premier dimanche du mois (selon les conditions du musée).

La Tour Eiffel vue depuis le musée Guimet
Le musée Guimet et la Tour Eiffel, place d’Iéna. Photo Parisienneries.

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