Une visite chantée — et enchantée — du Panthéon

Tout au long du mois d’octobre, le ténor et guide conférencier Grégoire Ichou propose une visite guidée chantée du Panthéon, lieu chargé d’histoire

Magistral. Tel est l’adjectif qui vient à l’esprit lorsque, sur l’air de l’Hymne au Panthéon de Luigi Cherubini (1794), la voix de Grégoire Ichou s’élève sous les hautes voûtes, et que notre guide, peu à peu, s’avance. Une entrée impressionnante pour une visite qui ne l’est pas moins. Et en effet l’atmosphère n’est-elle pas magique ? Nous sommes après la fermeture du monument, qui s’est vidé, excepté notre petit groupe, de toute la foule de touristes, et se recueille à présent sur son propre passé. Or, on ne pourrait imaginer une histoire plus tourmentée, mais Grégoire Ichou, conférencier professionnel en plus d’être musicien, la retrace avec clarté. L’arrêt devant les peintures de Jules-Elie Delaunay sur la vie de sainte Geneviève permet d’aborder la naissance de l’édifice, lorsque Louis XV, tombé malade, promet d’ériger une église à la sainte patronne de Paris s’il en réchappe ; c’est ainsi que la première pierre est posée en 1764, sur les plans de Soufflot. Inachevée à la Révolution, l’église Sainte-Geneviève est transformée en Panthéon en 1791 par l’Assemblée Constituante. Mais les remous de l’histoire ne s’arrêtent pas là puisque sous le Premier Empire, Napoléon fait cohabiter les deux fonctions religieuse et laïque. Et si à la Restauration l’édifice est exclusivement rendu au culte, Louis-Philippe en fait de nouveau un Panthéon.

Outre son histoire mouvementée, le Panthéon s’ancre pleinement dans l’histoire nationale par le décor réalisé au début de la IIIe République, après la défaite de 1870, pour exalter le patriotisme, la monarchie et la religion, le mythe français en soi. Commandé par le nouveau président de la République, Patrice de Mac Mahon, au directeur des Beaux-Arts Philippe de Chanevrières, cet ensemble est on ne peut plus académique. Ainsi remarquera-t-on les superbes toiles marouflées sur l’histoire de Jehanne d’Arc par Jules Eugène Lenepveu, ou encore celles sur l’histoire de Clovis par Paul-Joseph Blanc.

Cette heure de découverte permet également de parcourir d’une manière originale la crypte où sont enterrés les grands hommes : Alexandre Dumas y rejoint en 2002 Victor Hugo, tandis que plus loin, la tombe de Rousseau défie depuis 1794, et pour l’éternité, une grandiloquente statue de Voltaire, panthéonisé trois ans avant lui. On notera également le caveau féminin, et en particulier la sépulture de Marie Curie, à laquelle Grégoire Ichou rend un superbe hommage par un chant traditionnel polonais. D’ailleurs la visite intéressera plus d’un scientifique, puisqu’elle permet aussi d’aborder la question du pendule de Foucault, mis en place sous la voûte centrale : par la force de Coriolis, celui-ci met en évidence le phénomène de rotation de la Terre.

Grâce à de savantes recherches documentaires, à la BnF notamment, Grégoire Ichou parvient à trouver, pour chaque œuvre devant laquelle il s’arrête, un morceau musical qui convient parfaitement, si bien que le fil de la visite coule durant une heure et demie comme une évidence. Par exemple, le groupe sculpté Le Vengeur, œuvre d’Ernest Dubois réalisée en 1908 pour commémorer le courage des marins français lors de la bataille du 13 prairial an II, est-il mis en exergue par un hymne de Nicolas Dalayrac de 1794 sur le même sujet. Le vibrato incroyable du ténor résonne dans l’espace vide et emplit l’immense volume, tandis que son érudition fait découvrir des pages méconnues de l’histoire de la musique. Je ne pourrai donc que trop conseiller ce voyage hors du temps, qui charmera à la fois l’esprit, la vue et l’ouïe.

Informations pratiques :

Dates proposées pour les visites :

1er, 6, 7, 13, 14 et 20 octobre 2020

Rendez-vous à 19h30 après la fermeture du monument

Réservation et port du masque obligatoires pour une visite en toute sécurité sanitaire

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Etudiante à l'Ecole du Louvre, je suis passionnée par la peinture française et européenne, peut-être parce que j'aime moi-même peindre et dessiner. Amateur d'art, artiste en herbe ou simple curieux, suivez-moi à travers les expositions parisiennes et je vous ferai découvrir ma passion pour l'art classique !

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