Les passages couverts de Paris : ces galeries où j’ai l’impression de retrouver le Paris d’autrefois
Pendant longtemps, je n’ai pas réalisé à quel point les passages couverts faisaient partie de mon quotidien.
J’habite à deux pas du Passage Verdeau. Certaines semaines, je le traverse plusieurs fois par jour — comme raccourci pour rejoindre la rue Cadet, pour remonter vers la Bourse, ou simplement parce que c’est là. Pourtant, à chaque fois que j’y entre, j’ai la même impression : celle de quitter Paris pendant quelques minutes.
Ce que j’aime dans les passages couverts, ce n’est pas seulement leur architecture ou leur histoire. C’est le sentiment de découvrir une autre ville derrière une simple porte. Une ville plus calme, plus lente, presque hors du temps.
Je continue d’ailleurs à les explorer. Je ne les connais pas tous et c’est précisément ce qui me plaît. Certains passages me surprennent encore. Je me suis déjà perdue dans l’un d’eux en cherchant une sortie. Une autre fois, j’ai découvert l’entrée d’un hôtel cachée derrière une galerie. Et il m’est arrivé de passer beaucoup trop de temps à regarder les anciennes affiches Air France exposées dans une vitrine avec Benjamin.
Voici les passages couverts que je recommande à ceux qui veulent découvrir un Paris différent, loin des grands boulevards et des itinéraires classiques.
Si vous n’avez qu’une demi-journée
L’itinéraire le plus simple, dans l’ordre géographique du 2e vers le 9e :
- Galerie Vivienne — le plus beau décor, commencez par là
- Galerie Colbert — juste à côté, deux minutes à pied
- Passage des Panoramas — le plus ancien, dix minutes en remontant vers les Grands Boulevards
- Passage Jouffroy — dans la continuité directe
- Passage Verdeau — le terminus naturel de la balade
La carte des passages couverts
Les cinq passages se concentrent entre le 2e et le 9e arrondissement. Tout s’enchaîne à pied.
Quel passage choisir selon votre envie ?
| Vous cherchez… | Allez au… |
|---|---|
| Le plus beau décor, pour une première fois | Galerie Vivienne |
| Le calme, loin des touristes | Galerie Colbert |
| Chiner des livres anciens, des affiches, des objets | Passage Verdeau |
| Comprendre l’histoire des passages parisiens | Passage des Panoramas |
| L’ambiance la plus vivante, la plus accessible | Passage Jouffroy |
| Vous abriter quand il pleut | N’importe lequel des cinq |
Passage Verdeau
Je commence par lui parce qu’il est le mien, dans le sens le plus banal du terme : il est là, à deux minutes à pied, et certaines semaines je le prends comme d’autres prennent un couloir de métro. Plusieurs fois par jour, parfois.
Le Passage Verdeau a été percé en 1846. Il doit son nom à Jean-Baptiste Ossian Verdeau, l’un des promoteurs du Passage Jouffroy voisin. Pendant longtemps, il a été moins connu que ses deux grands frères — Jouffroy et Panoramas — et c’est peut-être ce qui lui a conservé un caractère si particulier.
Aujourd’hui, on y trouve surtout des antiquaires, des libraires spécialisés dans les livres anciens, des galeries d’art discret, des marchands de cartes postales et d’affiches d’époque. C’est un passage pour les gens qui savent ce qu’ils cherchent, ou pour ceux qui n’ont aucune idée de ce qu’ils vont trouver. Les deux fonctionnent bien ici.
Passage Jouffroy
Le Passage Jouffroy a été construit entre 1845 et 1846 et inauguré le 17 février 1847. Il prolonge directement le Passage des Panoramas depuis la rue Montmartre jusqu’à la rue de la Grande-Batelière.
Ce qui m’a toujours plu ici, c’est son côté vivant et un peu imprévisible. On y trouve des boutiques de souvenirs, des librairies de bandes dessinées, des marchands de jeux anciens, des disquaires. C’est le passage le plus animé de ceux que je fréquente, et peut-être le plus accessible si vous venez pour la première fois.
Passage des Panoramas
Ouvert en 1799, le Passage des Panoramas est le plus ancien passage couvert encore ouvert au public à Paris. Il doit son nom aux grandes peintures panoramiques qui s’y exposaient au XIXe siècle — un spectacle à l’époque, une forme d’exposition immersive avant l’heure.
Aujourd’hui, l’ambiance y est différente. On y trouve des boutiques de philatélie, des marchands de timbres et de cartes postales, des cafés à l’atmosphère un peu désuète, des restaurants qui semblent ne pas avoir bougé depuis trente ans. C’est précisément ce que j’aime : une forme d’immobilité tranquille, comme si le passage avait décidé de ne pas participer à la même accélération que le reste de la ville.
Quand j’enchaîne Verdeau, Jouffroy et Panoramas dans l’ordre — ou dans l’ordre inverse — j’ai vraiment l’impression de traverser un autre Paris. Pas un Paris muséifié, mais un Paris qui a simplement continué à vivre à son rythme, sans chercher à plaire à tout le monde.
Galerie Vivienne
La Galerie Vivienne est souvent présentée comme la plus belle galerie couverte de Paris. Je ne vais pas faire semblant de ne pas être d’accord.
Construite en 1823, elle a été classée monument historique et entièrement restaurée au cours du XXe siècle. Ce qui frappe en entrant, c’est le sol : des mosaïques en rosaces, du marbre, un travail de détail qui donne l’impression que la galerie a été conçue pour être regardée de bas en haut, pas seulement pour être traversée. La verrière en verre et fer achève le tableau.
Les boutiques qui y sont installées sont souvent des commerces de charme — librairies, créateurs de mode, traiteurs, cafés. Ce n’est pas un espace figé : on y vient pour se promener, pour s’asseoir, pour regarder.
Je la recommande particulièrement si vous visitez le Louvre ou la Bourse du Commerce dans la journée — elle est à quelques minutes à pied et constitue une pause idéale entre deux visites.
Galerie Colbert
La Galerie Colbert, construite entre 1826 et 1827 juste à côté de la Galerie Vivienne pour lui faire concurrence, a connu un destin très différent : elle a été un échec commercial avant de trouver une seconde vie comme lieu culturel.
Aujourd’hui, elle accueille l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), des expositions et des colloques. Elle reste ouverte au public — et c’est peut-être la galerie qui me touche le plus, précisément parce qu’elle ne cherche pas à séduire.
Sa rotonde centrale, sa verrière, ses proportions généreuses donnent un sentiment d’espace rare dans Paris. Il y a moins de boutiques, moins d’animation, moins de bruit. On vient ici pour regarder l’architecture, pour se poser, pour lire. Elle est inscrite aux Monuments historiques depuis 1974 — et pourtant, peu de gens la connaissent vraiment.
Mon classement (qui n’engage que moi)
| # | Passage | Pourquoi |
|---|---|---|
1 |
Galerie Vivienne | La plus belle architecture, les mosaïques, l’équilibre entre histoire et vie commerciale |
2 |
Galerie Colbert | La plus calme, la rotonde, l’atmosphère culturelle presque confidentielle |
3 |
Passage Verdeau | Mon passage, celui que je connais le mieux et que je redécouvre encore |
4 |
Passage des Panoramas | Le plus ancien, une atmosphère à part entière, parfait en fin d’après-midi |
5 |
Passage Jouffroy | Le plus vivant, idéal pour une première découverte |
FAQ
Les autres passages couverts à découvrir
Paris compte encore une vingtaine de passages ouverts au public. Ces sept-là méritent le détour si vous voulez aller au-delà du circuit classique.
L’une des galeries les mieux conservées de Paris, avec ses colonnes peintes en faux marbre, ses pilastres dorés et ses vitrines d’antiquaires. Fermée le dimanche.
La verrière la plus haute de tous les passages parisiens — trois niveaux de fer et de verre — et des créateurs et artisans qui en font aujourd’hui l’un des plus vivants.
Le plus long des passages couverts de Paris avec ses 190 mètres, très commerçant, fréquenté par les habitants du quartier autant que par les curieux — Céline y a grandi et le décrit dans Mort à crédit.
À deux pas des Grands Boulevards, ce passage est devenu le cœur de la communauté indo-pakistanaise parisienne : épiceries, restaurants, coiffeurs, saveurs d’ailleurs dans un couloir du XIXe siècle.
Discret et souvent vide, il relie la rue Saint-Denis à la rue de la Grande-Truanderie et conserve son portail d’entrée classé — un des rares passages encore authentiquement ignoré du tourisme.
Le plus ancien passage de Paris, construit juste après la campagne d’Égypte de Bonaparte — son décor néo-égyptien en façade est unique — et aujourd’hui entièrement dédié au commerce de gros de la mode et du textile.
L’un des plus anciens et des plus méconnus, il relie le boulevard Saint-Denis à la rue du Faubourg-Saint-Denis avec une atmosphère populaire et tranquille, loin des circuits habituels.
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