Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings

Retour en enfance avec les Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings jusqu’au 8 septembre au MAD !

Quelques feuillages, un bourdonnement sourd aux senteurs fraîches et fleuries…. Nous voici les émerveillés témoins, inattendus invités, d’un monde à la féerie colorée… Il faut se pencher en botaniste et entomologiste fasciné, pour découvrir, cachés, des êtres attendrissants. Soudain, le rôle est inversé et on devient ces drôles de petites bêtes au pied de colonnes de dessins saisissants. Antoon Krings nous dévoile alors sa végétale promenade enchantée à travers des œuvres inédites qui ont fait germer les graines de ses soixante-cinq albums pour enfants.

 

Studio Onyx Film
Études et extraits du film Drôles de Petites Bêtes
2015-2017

Antoon Krings
Samson le Hérisson, illustration 3, 2002
Gouache sur papier

Bambins de 2019 ou… de 1994, ceux qui ont été les premiers lecteurs d’Antoon et qui aujourd’hui jeunes parents, y retournent avec leurs propres enfants… Les âges se mêlent mais finalement ce sont les mêmes yeux qui regardent avec une insouciance émue ou amusée ces quelques cinq cents œuvres exposées. Sous de précis traits naturalistes ou des effets flous de rêverie, chacun prête sa main et son cœur à ces créatures aux grands yeux et aux noms de rimes. Mireille l’Abeille présente sa galerie de portraits, Léon le Bourdon part à l’aventure, Léo le Lérot grignote de succulentes fraises, Nunuche la Perruche s’invite même à la garden-party de Merlin le Merle ! Ce sont de brefs récits à la naïveté aussi poétique que nostalgique. Il faut se laisser porter par ces mosaïques candides pour savourer le microcosme enchanteur de l’enfant Krings, né à Fourmies dans le Nord en 1962 (n’avons-nous d’ailleurs pas là une preuve évidente de sa prédestination aux petites bêtes ?)

  

Avec des créatures aux expressions pourtant si finement humanisées, l’artiste s’initie à l’imaginaire ovidien, aux métamorphoses insoupçonnées et si curieuses. À travers une réaction, une morphologie, un caractère se dessine comme dans les études de Charles le Brun. La physiognomonie, réintroduite au XIXème siècle par Balzac dans sa Comédie humaine, reflète la personnalité d’une personne à travers son apparence physique et les traits de son visage. Celui-ci s’anime, se rallonge ou se caricature pour parvenir à des expressions saisissantes. Nos petites bêtes s’humanisent et nous ressemblent alors tant qu’il est facile pour le lecteur de s’approprier le personnage, de s’identifier à lui. Là demeure toute la clé du succès de tout livre pour enfant !

Dominique Vivant Denon
Le Corbeau, 1906
Le Lapin, 1906
Dissertation sur le traité de Charles le Brun concernant le rapport de la physionomie humaine avec celles des animaux
Eau-forte sur papier

Dominique Vivant Denon
Le Corbeau, 1906
Le Lapin, 1906
Dissertation sur le traité de Charles le Brun concernant le rapport de la physionomie humaine avec celles des animaux
Eau-forte sur papier

Les couleurs et les lumières abordent alors des ambiances harmonieuses et douces, à la manière des Fauves ou des Impressionnistes. Loin des classifications naturalistes du XVIIIème siècle, l’observation accrue est palpable notamment dans les dessins et croquis préparatoires. Il faut tout voir, tout sentir, suivre l’empreinte et dégager l’essence-même de ce que nous offre la Nature. C’est uniquement à cet instant que l’on peut saisir au creux de son iris l’art premier, celui de la vie, les formes primitives, et infinies que le patient observateur pourra ensuite modeler avec affection comme Diego Giacometti  ou refléter en instants envolés comme Jean Dubuffet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antoon Krings
Théo le Mulot, 2012
Gouache sur papier

Antoon Krings devient alors l’héritier d’une longue lignée de magiciens de la faune et de la flore qui a inspiré des générations entières d’artistes de tout âge et surtout… de toute zone géographique ! La Nature a cette beauté si universelle qu’elle est complice de chacun d’entre nous où que nous soyons. Des fables venues de si loin et pourtant qui sont si communes à toute l’Humanité ! Voilà les sources d’inspiration des Drôles de Petites Bêtes. Et du dessin vers l’animé il n’y a souvent qu’un pas. Antoon Krings a alors su s’allier aux nouvelles techniques de son temps pour rendre encore plus attrayant et chaleureux son art via un dessin animé en 2017. 

L’écrivain français étonne par la tendresse qui transparaît dans ces couleurs, ces lumières, ces atmosphères. Maniant de nombreuses techniques, il sait créer des rendus parfois fort différents, de traits pointillistes minutieux jusqu’à de grands aplats grossiers, sans jamais porter atteinte à toute la poésie enfantine de son œuvre. Plongée onirique et tourbillon du temps s’entremêlent dans cette exposition si rondement menée, thématique et ludique. Pour ces derniers jours, on ne peut que la conseiller et il faut espérer que cette première rétrospective sur Antoon Krings sera sans doute la première d’une belle série, vu tous les cœurs de visiteurs qu’elle a su déjà charmer, des plus petits au plus grands !

Laureen Gressé-Denois

  

 

  

Antoon Krings 
L’Herbier des Drôles de Petites Bêtes

Antoon Krings
L’Herbier des Drôles de Petites Bêtes
2018-2019
Gouache sur papier

Antoon Krings 
Louis le Papillon de nuit

Antoon Krings
Louis le Papillon de nuit, illustration 5, 2011
Gouache sur papier

Antoon Krings 
Léon le Bourdon

Antoon Krings
Léon le Bourdon, illustration 4, 1995
Gouache sur papier

Jean Dubuffet 
Jardin nacré

Jean Dubuffet 
Jardin nacré, 1955
Collage d’ailes de papillons

Kitagawa Utamaro
Album d’insectes choisis, 1892


Kitagawa Utamaro
Album d’insectes choisis, 1892

Author

Amoureuse de la littérature et passionnée par l'Histoire de l'Art, j'ai le coeur acquis par les châteaux et le regard empli par les étoiles d'art de la Renaissance, de la Révolution et de la première moitié du XIXème siècle. Je suis à l'École du Louvre en spécialité Grandes Demeures après avoir obtenu mon diplôme d'Histoire à la Sorbonne.

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