Bernard Frize, un savant fou au Centre Pompidou

Du 29 mai 2019 au 26 août 2019

 

Suite Segond

Au Centre Georges Pompidou, Bernard Frize présente au visiteur l’acte de création. L’art absurde de cet artiste français est exposé “sans repentir”, d’après le nom de l’exposition. Peintes d’un seul jet et fruits du hasard, les oeuvres de Frize sont des prises de position artistiques fortes. Militant d’un art sans fioritures et même vide de sens, Frize invente des systèmes de création avec des règles précises qu’il s’amuse à déconstruire par la suite. Pour l’artiste, le résultat final n’a que peu d’importance, c’est pourquoi il s’amuse à présenter au visiteur son procédé de création. Pendant toute l’exposition, on peut lire en bas des tableaux les dessous de chacune des peintures. Du marc de café, des croûtes d’huile sur toile, des mélanges de matières, des mixtures fortuites, les coulisses de l’art de Bernard Frize témoignent de l’incroyable créativité de l’artiste. Entre hasard et protocole, Frize prône un art authentique et pourtant travaillé. Le visiteur est invité à parcourir le flot d’idées continues qui traversent ce génie national.

 

“J’avais d’abord préparé un dessin; ensuite, j’ai peint la toile d’un seul coup. Prévoir, afin d’éviter les parasites, occupe la plus grande partie de mon temps”

~ Bernard Frize

 

Le tracé de Frize

Le tracé de Frize apparaît presque par accident. Il remplit la toile parfois jusqu’à saturation. De loin, l’oeuvre ressemble à une toile unicolore puis, lorsqu’on se rapproche davantage, des lignes se détachent progressivement. Frize aime surprendre et dérouter. Roi des paradoxes, il ne veut rien prédire et pourtant effectue ses tracés préalablement sur ordinateur. A la recherche de sensation et d’inspiration, les œuvres de Frize portent les stigmates de ces pérégrinations mentales. Frappant en est l’exemple le plus marquant. Cette toile composite est une tentative de fabriquer un mode d’emploi pour des peintures qui s’appelleront “Suite automatique”. La toile est le résultat de cinq brosses de tailles différentes fixées sur une planche de bois de telle sorte que toutes les permutations de couleurs soient possibles. L’oeuvre achevée n’est qu’un accessoire d’une importance moindre comparée à l’outil de production d’une complexité et d’un esthétisme déroutants.
Frize ne se vante pas d’être un artiste hors norme et ne revendique nullement l’expression d’un moi créateur à travers son travail. Partageur, il préfère assumer pleinement une forme de paresse et prône l’art ludique et sincère. Le visiteur se retrouve complice des premières gouttes de peinture sur la toile, des expériences loufoques de l’artiste, de ses défis et stratégies extravagantes.

 

Frappant

 

 

L’éclectisme de Frize

Lorsque le visiteur parcoure la galerie dédiée au peintre, il peut vite être dérouté. On ne peut déceler aucun style particulier, aucune préférence dans les matières, aucune patte de l’artiste. Dans ce véritable bric-à-brac inspiré, le style japonais se mélange à l’acrylique abstraite.  Témoin de l’effervescence artistique de Frize, l’exposition est riche de trésors et n’a, que comme fil directeur, le désir profond pour le peintre de percer à jour le secret des images. En dessous de la toile Article japonais, on peut lire  :”Inspiré par les drogueries et marchands de couleurs,  j’ai toujours eu l’impression que les images étaient là, tapies dans l’ombre des outils ou des pots et qu’il suffisait de découvrir quel emploi spécifique pourrait les révéler”. Le Centre Pompidou se transforme donc en brocante assumée. Le visiteur se balade en chinant. Il trouvera à côté de tableaux rectilignes, un mexicain cuisant un œuf, des paysages grandioses ou des cercles multicolores formés de peintures séchées.

 

Article japonais

La frénésie de Frize

L’artiste aime se laisser happer par tous les coups de génie qui le parcourent. La gravité est sa première alliée. Frize forme des émulsions de couleurs qu’il mixte et jette sur la toile. “Le déplacement de la peinture est à peu près imprévisible et l’image doit son mouvement à la pesanteur terrestre”. Cette connexion avec les éléments naturels amuse l’artiste. Il utilise et réutilise ce procédé toujours en attente d’un heureux hasard.
Autre coup de génie de Frize : utiliser ses tableaux existants pour en créer d’autres. Continent est ainsi produit à partir des gouttes ruisselantes de laques et d’huile de la toile Margarita qui séchait au dessus d’elle. Dans un cycle artistique incroyable, Frize recycle ses peintures sans arrêt.
Dernière marque de cet esprit créatif, Quelques causes accidentelles et d’autres naturelles a pour matière première du marc de café. L’artiste ne se pose aucune limite et se laisse aller à une fantaisie picturale joyeuse.

 

Quelques causes accidentelles et d'autres naturelles

 

 

La loi de Frize

Bernard Frize impose sa loi au Centre Georges Pompidou. Dans une exposition sans aucune hiérarchie ou parcours tout tracé, il expose avec humilité et humour une vie de recherches artistiques. Avec ce marché aux puces plaisant, le visiteur est embarqué dans l’expédition de l’inventeur fou. Il fouille, regarde sous tous les angles et se questionne, sous le regard bienveillant de l’artiste qui l’inclut dans son parcours esthétique. Les notes juxtaposées aux tableaux nous plongent, avec délice, dans le cerveau déjanté de Bernard Frize.
On ressort du Centre Pompidou le sourire aux lèvres.

 

Oude

 

 Informations pratiques :
Plein tarif : 14 euros
Tarif réduit : 11 euros
Lien Billeterie
Place Georges-Pompidou, Paris
: Rambuteau (ligne 11), Hôtel de Ville (lignes 1 et 11), Châtelet (lignes 1, 4, 7, 11 et 14)
 : Châtelet Les Halles

Author

Arpenteuse de lieux culturels en tout genre, Marie aime faire partager ses découvertes. Curieuse et un peu geek, elle parcoure la capitale à la recherche d'expositions inédites. Si vous la croisez à une exposition, vous la verrez appareil photo à la main et sourire aux lèvres.Voir tous ses articles

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