Préhistoire, une énigme moderne au centre Pompidou

Préhistoire, une énigme moderne au centre Pompidou du 8 mai au 6 septembre 2019.

Le Centre Pompidou présente une exposition qui retrace les différents regards que posent les artistes modernes sur la Préhistoire lorsque le terme apparaît en 1860. En effet, l’exposition montre l’influence artistique qu’a eu cette grande découverte. Autour de ce concept de Préhistoire se joue des enjeux humains qui résonnent avec les réflexions des artistes. La muséologie est importante puisque l’ensemble de l’exposition se fait dans l’obscurité. L’intimité de cet espace rappelle la caverne préhistorique et habite l’exposition d’un certain mystère.

L’introduction

Le préambule pose la question anthropologique au centre des préoccupations des artistes modernes.

Le visiteur pénétrant dans l’obscurité de la salle d’exposition fait immédiatement face au spectacle de nos origines et de notre finitude. Un crâne fossilisé d’un homme de Cro-Magnon daté d’environ 15 000 ans avant J.-C. nous accueille. En écho est placée une œuvre de Klee qui reprend les couleurs et les effets de matières du crâne humain. Cette entrée projette le visiteur dans un « Memento Mori » qui l’accompagne le restant de la visite. Cette projection de nos origines perdues nous invite à penser l’histoire du monde et de notre humanité que découvrent alors les artistes à l’aube du XXème siècle.

L’épaisseur du temps

La mise en place des études stratigraphiques à la fin du XVIIIème siècle permet de lire dans les profondeurs de la terre «  les époques de la nature » comme dit Buffon. Les artistes proches du milieu scientifique sont influencés par ces études qui révèlent comment la matière devient un support des traces d’un temps passé. Ainsi, Cézanne avec son ami l’archéologue Antoine-Fortuné Marion pratiquent la stratigraphie autour de son motif de prédilection : la montagne Sainte-Victoire.

La Terre sans les Hommes

La découverte du monde préhistorique est la découverte d’un monde et d’un temps sans l’homme. Les artistes rejouent alors le mythe de l’homme antédiluvien. Les fossiles de coquillages géants ou de créatures marines aux formes complexes retrouvés excitent l’imaginaire des artistes autour de ce monde perdu. Cette nouvelle esthétique naturelle et étrange rentre en résonance avec les visions pessimistes des artistes à la sortie de la première guerre mondiale. La trace de ces espèces disparues nous pousse à la réflexion sur notre propre disparition. Ainsi, les artistes comme Max Ernst et Alberto Savinio représentent des mondes où l’homme n’a plus, voire n’a jamais eu sa place.

L’invention de la Préhistoire

Le terme de « Préhistoire » est inventé en 1830 et devient rapidement populaire dans le milieu scientifique. Puis, ce concept est popularisé dans la société. Dès 1920 le MoMA à New York propose une exposition faisant le rapprochement entre l’émergence de ce concept de « Préhistoire » et les créations artistiques. En effet, rapidement les artistes se réapproprient les découvertes scientifiques et développent une imagerie du récit de la préhistoire avec l’imitation de ces traces. Pour cela ils reprennent les techniques des artistes préhistoriques : sculpture, gravure, graffiti et peinture.

Hommes et bêtes

Ces œuvres préhistoriques fascinent les artistes modernes de par leur ambivalence entre réalisme des représentations animales et stylisation des représentations humaines. La représentation féminine est au centre des préoccupations des artistes préhistoriques pour son incarnation des principes de fécondité. Ce nouveau monde poétique inspire chez les artistes comme Picasso et Giacometti de nouvelles représentations de la féminité. Ces interprétations féminines et modernes transparaissent leur fascination pour les formes épanouies visibles sur ce qu’on appelle à tort les « Vénus ». Les artistes cherchent à représenter la force de la présence de ces corps féminins qui incarnent le mystère des origines de la vie.

Picasso Buste de femme 1930 en parallèle avec la Vénus de Grimaldi.

Gestes et outils

Les artistes contemporains étudient alors les objets préhistoriques et y cherchent ce passage de la nature à la technique et de la technique à l’art. L’histoire de l’évolution de l’humanité est mesurée par ces passages. En plein contexte d’industrialisation, les artistes revivent ces passages. De fait, la lecture de ce phénomène industriel se fait au regard du monde préhistorique. Se développe alors chez les artistes actuels un intérêt autour du geste humain comme manifestation la plus directe et naturelle de l’homme qui est menacé dans les créations industrielles.

Michael Heizer Awal n°41988, 1998

L’artiste agrandit un outil néolithique et le réalise en ciment. Ce phénomène d’agrandissement désoriente l’identification de l’objet. Est-ce une arme, une dent gigantesque ou encore un outil ? Ce processus d’agrandissement est la manifestation de la technologie moderne, elle marque l’étrangeté et la séparation temporelle entre les artistes modernes et préhistoriques.

La caverne

C’est un lieu de fantasme dans l’imaginaire collectif et celui des artistes. La caverne devient le lieu de création et de la découverte par excellence. C’est l’étrangeté de son côté à la fois accueillant et inquiétant qui inspire les installations et architectures modernes.

Néolithiques

Le terme de « néolithique » désigne le moment où l’homme développe la pierre polie : c’est une manifestation de la prise de pouvoir de l’homme sur la nature. Ce sont les constructions monumentales appelées mégalithes (dolmens et menhirs) qui symbolisent cette période particulière de l’humanité. Pour les artistes modernes il y a plusieurs néolithiques car ils y voient une résurgence de cette période dans le développement des nouvelles technologies. Nous retrouvons une identification de l’homme moderne à celui du Néolithique mais l’artiste contemporain marque ses craintes vis-à-vis de cette culture industrielle.

Richard Long, Snake Circle 1991

Présents Préhistoriques

L’imagerie préhistorique développée par les artistes est reprise dans l’imagerie populaire, en particulier dans l’esthétique de la science-fiction. La culture populaire utilise cette imagerie préhistorique pour illustrer des projections mélancoliques et poétiques de mondes apocalyptiques du présent et du futur.

Wim Wenders, Dinosaur and Family, California 1983.

En conclusion

Ce sont par leurs œuvres que les artistes ont contribué à donner forme à l’image que l’on partage dans l’imaginaire collectif de cette période préhistorique. L’imaginaire préhistorique investie par la culture populaire sert des projections de la disparition de notre propre espèce. Les artistes mettent en scène un monde moderne sans l’homme. Si le concept de « Préhistoire » nous amène à interroger nos origines elle nous amène à penser aussi l’évolution de nos sociétés et leurs disparitions.

Court métrage de 20 minutes de Pierre Huyghe, Untitled (Human Mask) 2014.

Suite à la catastrophe de Fukushima, cette vidéo nous donne la vision d’un monde sans humanité où les gestes appris de l’animal sont les dernières traces de la civilisation humaine.

Cette exposition est un voyage qui vous mène vers un monde mystérieux et intime. A faire absolument.

Romane Lamisse

Férue d'art moderne et contemporain, Romane aime partager sa passion. De nature curieuse elle va à la rencontre des dernières créations en tout genre. Vous pouvez la croiser à une exposition carnet et stylo à la main avec un air inspiré.

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