Juifs du Maroc, Photographies de Jean Besancenot, une échappée culturelle au musée d’art et d’histoire du Judaïsme

Juifs du Maroc, 1934-1937 Photographies de Jean Besancenot

Après avoir traversé la cour du majestueux hôtel de Saint-Aignan, puis bravé les tourniquets à l’entrée de l’institution, le visiteur finit par s’introduire dans l’exposition Juifs du Maroc : Photographies de Jean Besancenot qui occupe actuellement le musée d’art et d’histoire du Judaïsme : Juifs du Maroc, 1934-1937. Photographies de Jean Besancenot. On s’engouffre alors dans une succession de salles, fraîches et silencieuses, situées dans les galeries souterraines du musée. Une scénographie dépouillée, constituée de dessins rehaussés de gouache et de photographies annotées, nous attend, prête à nous dévoiler l’oeuvre de Jean Besancenot et de l’histoire d’un artiste devenu ethnographe. 

L’exposition Juifs du Maroc : Photographies de Jean Besancenot présente une culture à part, celle des Juifs du Maroc, saisie en instantané par l’art de Jean Besancenot, né Girard. Le peintre, devenu photographe, y livre un témoignage inédit de l’identité des communautés juives rurales de la localité de Drâa-Tafilalet, pour certaines implantées dans la région depuis l’époque antique. C’est lors d’un voyage d’études au Maroc en 1934, que l’artiste, déjà passionné par les costumes régionaux comme en témoigne ses travaux antérieurs en France, s’éprend de ces cultures. Il va les côtoyer et les photographier, partageant même leur vie pendant plus de deux ans. Il publie ainsi en 1942 un ensemble d’une soixantaine de planches documentées intitulé Costumes et types du Maroc, devenu aujourd’hui un ouvrage de référence en terme de mode traditionnelle marocaine.

En liant photographie et dessin, Besancenot saisit jeunes et vieux, personnages religieux et hommes du peuple, en habits de cérémonie et costumes de fête, pour décrire avec une précision quasi scientifique un monde aujourd’hui disparu. Il détaille par une lumière appuyée la complexité des parures orfévrées, dépeint les fins détails des coiffes, et révèle la diversité des ornements métalliques. Le photographe-peintre guide notre regard, grâce à ses nombreuses annotations, tout en nous laissant seul juge de cette opulence pittoresque.

Mais Besancenot ne s’arrête pas là, et d’autres éléments sont aussi mis en valeur. Ainsi on comprend par le subtil mais apparent arrière-plan le contraste entre le luxe des parures et la pauvreté des populations photographiées. On entrevoit par l’expression des modèles, les sentiments qui les animent, de la pudeur à la gêne, de la joie au rire. L’artiste offre ainsi au spectateur un ensemble d’indices pour comprendre et capter en quelques instants une culture entière.

La neutralité des photos, débarrassées de poses et autres accessoires superflus, permet cette idée de saisie d’un patrimoine dans son intégralité, par l’évocation des multiples influences et de la diversité des traditions qui le constituent. Besancenot livre un témoignage à la fois brut et tendre d’une culture perdue, par l’objectivité du cadrage et la douceur des modèles. Il répond ainsi au goût de l’exotique du public occidental contemporain et à la démarche de catalogage ethnologique des années 30. 

L’exposition apparaît alors comme la synthèse d’une pratique artistique et d’une étude patrimoniale, plongeant ainsi le spectateur dans un monde à part, qui pour une heure seulement, échappe à l’agitation et à la modernité parisienne.

Author

Etudiante à l’Ecole du Louvre, j’adore déambuler dans les expositions et errer au sein des musées. Mes articles sont des invitations à des voyages au coeur de Paris, des virées culturelles dépaysantes, bref des vraies parisienneries. Je vous emmène avec moi ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.