Luca Giordano : le triomphe de la peinture napolitaine

Luca Giordano (1634-1705), le triomphe de la peinture napolitaine

Exposition au Petit Palais Du 14 novembre 2019 au 23 février 2020

Organisée en partenariat avec le musée de Capodimonte, cette exposition est la première rétrospective française consacrée à un peintre napolitain extrêmement marquant pour son époque : Luca Giordano. Quatre-vingt dix oeuvres, à la fois tableaux monumentaux et dessins, permettent d’entrevoir l’art de ce génie créateur trop méconnu de nos jours.

Luca Giordano, Autoportrait, vers 1665, Florence, Galerie des Offices
Luca Giordano, Autoportrait, 1688, Stuttgart, Staatgalerie

Dès la première salle, la série des autoportraits de l’artiste donne le ton : Giordano est bien une figure insaisissable et changeante, aux multiples facettes. Un peintre sûr de son succès, prêt à regarder le spectateur droit dans les yeux, mais aussi une personnalité d’une vive sensibilité, dont l’esprit inventif fait naître de somptueuses compositions aptes à servir les visées de la Contre-Réforme. Né en 1634 à Naples, Giordano se forme auprès de son père Antonio ; celui-ci l’encourage à copier des estampes, notamment celles de Dürer. Le jeune talent ne s’arrête pas là et développe une capacité incroyable à reproduire le style des plus grands peintres de son époque : Caravage, Rubens, Ribera, Titien, Tintoret. Sa qualité d’imitation est telle qu’on l’accuse parfois d’être un faussaire. Le parallèle est frappant avec Sébastien Bourdon, peintre français de vingt ans son aîné, qui se fit connaître pour la qualité de ses pastiches. Mais loin de se contenter de copier, Giordano forge son propre style à l’aune du talent des plus habiles de ses prédécesseurs.

Luca Giordano, Traditio clavium, le Christ remettant les clés à saint Pierre, 1650, Solofra, collection Diodato De Maio
Luca Giordano, Jacob et Rachel au puits, années 1650, Madrid, Museo Nacional del Prado

Cette envolée de drapé rose, ne la croirait-on pas sortie de l’art de Titien, qui en peignit une semblable dans son Bacchus et Ariane ? Et cette composition en frise avec, au centre, une entrevue de deux personnages vêtus à l’antique, ne rappelle-t-elle pas fortement Eliézer et Rébecca de Poussin, tableau peint très peu auparavant, en 1648 ?

 

Comme tout artiste prometteur de son temps, Luca Giordano se doit de réaliser le voyage à Rome pour parfaire sa formation artistique. Le séjour romain qu’il effectue vers 1635 transforme profondément sa manière de peindre. Séduit par la grâce de Raphaël, mais aussi par la peinture contemporaine de Nicolas Poussin et Pierre de Cortone, il est désormais capable de créer d’immenses retables pour les églises de la Contre-Réforme, dans un style extrêmement lumineux qui est comme une anticipation du Ciel. Le peintre utilise toute sa rhétorique pour faire percevoir quelque chose de la splendeur divine à travers ces représentations d’extases de saints et de nuées percées d’angelots.

Luca Giordano, Le Christ à la colonne, 1660, Italie, collection UBI Banca
Luca Giordano, Le Martyre de saint Pierre, 1660, Ajaccio, Palais Fesch
Luca Giordano, Philosophe aux lunettes, 1659-1660, Paris, musée du Louvre

On ne pourrait évoquer l’oeuvre de Luca Giordano en fermant les yeux sur un terrible évènement qui marqua sa carrière comme la vie de ses contemporains : la terrible peste de 1656, ravageant la ville de Naples à un rythme effréné pendant six mois (fauchant jusqu’à quinze mille victimes par jours pendant les mois les plus chauds !). Pourtant, ce tragique épisode donne lieu à un chef d’oeuvre de la production du peintre : le retable de saint Janvier. Le saint est figuré dans toute la gloire et la puissance de son intercession, priant la Vierge Marie de prendre pitié des habitants de la ville, qu’il avait déjà protégée des dégâts d’une éruption du Vésuve en 1631.

Domenico Gargiulo dit Micco Spadaro, La peste au Largo del Mercatello, 1656, Naples, Certosa e Museo di San Martino
Luca Giordano, San Gennaro intercède pour la cessation de la peste de 1656, 1660, Naples, Museo di Capodimonte

Comme Van Dyck avant lui, Giordano prend l’habitude lors de son voyage à Rome de noter sur un carnet tous les détails des compositions qui le frappent, créant par là-même un recueil de motifs où puiser ; de là vient peut-être son talent de dessinateur qu’il continue de cultiver tout au long de sa carrière, avec un trait d’une grande rapidité, légèreté et emphase.

Luca Giordano, Le Triomphe de Thétis, vers 1685, fusain, encre et lavis sur papier, Naples, Societa Napoletana di Storia Patria
Luca Giordano, Judith triomphante, vers 1700-1704, pierre noire sur papier

Fort de son immense succès à Naples, Giordano s’installe à Florence pour quelques mois en 1682 et en 1685. Il réalise en trois mois sa première commande, la coupole de la chapelle Corsini à l’église Santa Maria del Carmine, succès qui en entraîne un second, la réalisation de l’immense voûte de la galerie du palais Medici-Riccardi. S’inscrivant dans la tendance générale, l’artiste dépeint des sujets purement mythologiques issus de la tradition grecque et romaine, aptes à séduire l’érudition et le goût raffiné de ses commanditaires.

Luca Giordano, Diane et Endymion, 1675-1680, Vérone, Museo di Castelvecchio
Luca Giordano, Polyphème et Galatée, 1674-1675, Naples, Museo di Capodimonte
Luca Giordano, Allégorie de la Tempérance, vers 1685, Paris, collection particulière

Le même mot pourrait décrire son oeuvre et sa carrière : une apothéose. En effet, le style aérien et lumineux de Giordano est tant apprécié dans l’Europe baroque du XVIIe que le peintre reçoit de la part de Philippe IV d’Espagne la commande de grands tableaux pour l’Escorial. Il finit même par être appelé sur la péninsule ibérique pour réaliser les fresques de la basilique de l’Escorial, du palais d’Aranjuez, du Casón del Buen Retiro, de la sacristie de la cathédrale de Tolède, ou encore de la chapelle royale de l’Alcazar. Ses compositions plafonnantes à l’architecture feinte sont l’occasion de développer dans une exubérance toute baroque les thèmes religieux choisis par les commanditaires.

Luca Giordano, L’Assomption de la Vierge, vers 1692, Tolède, Fundación Casa Ducal de Medinaceli
Luca Giordano, Le Calvaire, Madrid, Fondo cultural Villar-Mir

Revenu définitivement à Naples en 1702, Giordano achève sa carrière avec un dernier chef d’oeuvre : un cycle de six toiles pour l’église des Girolamini (Oratoriens) de Naples, commencé en 1684, représentant un dialogue entre saint Philippe Néri et saint Charles Borromée, fers de lance de la Contre-Réforme. Si Luca Giordano meurt en 1705, c’est bien qu’il marque de son empreinte toute une part du XVIIIe, et ses oeuvres, copiées par Hubert Robert et Jean-Honoré Fragonard, trouvent leur postérité dans la peinture française des décennies suivantes.

A noter le peu de fréquentation de l’exposition qui rend la visite très calme et agréable, le fond musical baroque parfaitement choisi, et les superbes projections qui donnent un aperçu des splendeurs des fresques de l’artiste ! Cet exposition est un véritable coup de coeur !

Informations pratiques

Luca Giordano (1634-1705), Le triomphe de la peinture napolitaine

Petit Palais

Jusqu’au 23 février 2020

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h

Nocturne le vendredi jusqu’à 21h

 

Tel : 01 53 43 40 00

Plein tarif : 13 euros

Tarif réduit : 11 euros

Gratuit : – 18 ans

 

Avenue Winston-Churchill 75008 Paris

Métro : lignes 1 et 13, station Champs-Elysées Clemenceau ; ligne 9, station Franklin-Roosevelt

RER : ligne C, station Invalides

Bus : 28, 42, 72, 73, 80, 83, 93

Author

Etudiante à l'Ecole du Louvre, je suis passionnée par la peinture française et européenne, peut-être parce que j'aime moi-même peindre et dessiner. Amateur d'art, artiste en herbe ou simple curieux, suivez-moi à travers les expositions parisiennes et je vous ferai découvrir ma passion pour l'art classique !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.