Quand on pense aux grandes foires d’art, on imagine des chefs-d’œuvre inestimables et des transactions vertigineuses. La BRAFA, qui entame sa 71e édition, est sans conteste l’un de ces rendez-vous majeurs du paysage artistique européen, un véritable baromètre du marché. Mais derrière la façade prestigieuse se cache un monde de tensions créatives, de secrets bien gardés et de dialogues inattendus entre le visible et l’invisible, la tradition et l’innovation.
Cet article vous propose de plonger dans les coulisses de l’édition 2026 pour en dévoiler cinq facettes qui révèlent les tendances et les secrets du monde de l’art. Ce sont ces histoires, cachées derrière les œuvres, qui transforment la foire en une expérience bien plus profonde qu’un simple événement commercial.
1. Plus grande que jamais, mais toujours « à taille humaine »
La BRAFA 2026 s’ouvre sur un paradoxe saisissant : une croissance record en nombre d’exposants, doublée d’une volonté farouche de préserver son âme. Avec 147 galeries contre 130 en 2025, la foire affiche une vitalité impressionnante, anticipant un afflux de visiteurs qui a dépassé les 72 000 l’an dernier. Pour accompagner cette expansion, un hall supplémentaire sera bien dédié, non pas à l’art, mais à la restauration et à l’accueil, permettant aux Palais 3 et 4 de se concentrer exclusivement sur les œuvres. Cette décision stratégique éclaire l’ambition contre-intuitive de son président, Klaas Muller : conserver une foire « à taille humaine ». Face au gigantisme de méga-foires comme Art Basel, la BRAFA choisit de privilégier l’expérience du collectionneur, la qualité et la diversité, affirmant ainsi son identité unique sur un marché saturé.
« L’édition 2025 a été un véritable succès mais nous ne voulions pas nous reposer sur nos lauriers. En 2026, jamais la BRAFA n’aura accueilli autant d’exposants »
2. Quand la pierre défie la gravité : l’art qui trompe les sens
Au-delà des œuvres purement contemplatives, la BRAFA excelle à présenter des pièces qui provoquent, interrogent et engagent la conversation. Le travail de l’artiste belge Ben Storms en est l’exemple le plus saisissant avec ses coussins en marbre. L’œil est d’abord trompé, l’esprit invité au repos sur ce qui s’apparente à un accueillant coussin. Le toucher, lui, révèle la supercherie : la chaleur attendue du tissu laisse place à la froideur immuable du marbre, créant un court-circuit sensoriel des plus mémorables. Emblématique de l’éclectisme de la foire, cette pièce fusionne un savoir-faire traditionnel et des processus high-tech pour sculpter une illusion qui semble défier la physique elle-même.
3. L’influence cachée : comment l’art africain a inspiré les maîtres modernes
Parmi les trésors exposés se trouvent des reliquaires Kota du Gabon, sculptures conçues à l’origine pour veiller sur les reliques des ancêtres. Le fait surprenant est que ces objets furent parmi les toutes premières œuvres africaines collectionnées en Europe, et ce, dès la fin du XIXe siècle. Leur esthétique géométrique radicale a littéralement foudroyé les artistes d’avant-garde comme Pablo Picasso, André Derain et Maurice de Vlaminck. Ils y ont puisé une source d’inspiration fondamentale, dont l’abstraction stylisée a directement nourri le développement du cubisme et de l’art moderne, révélant un dialogue interculturel majeur souvent méconnu du grand public.
4. Une affaire de famille depuis 1770 : la plus ancienne dynastie du monde de l’art ?
Dans un marché de l’art contemporain souvent défini par sa vélocité et sa nature spéculative, la présence de la galerie Douwes Fine Art B. V. est une anomalie fascinante. Fondée en 1770 et décrite comme « probablement la plus ancienne entreprise familiale du monde de l’art », elle est aujourd’hui dirigée par la huitième et la neuvième génération. Loin d’être un vestige du passé, sa présence à la BRAFA est une affirmation puissante : elle y présente des œuvres majeures, dont une remarquable eau-forte et pointe sèche de Rembrandt van Rijn datant de 1630, Autoportrait coiffé d’un bonnet, les yeux écarquillés et la bouche ouverte. En exposant un tel chef-d’œuvre, la galerie ne se contente pas de célébrer son histoire ; elle démontre la pertinence et la valeur immuable de l’expertise historique dans un monde souvent obsédé par la nouveauté.
5. Le pilier invisible : le secret de la confiance sur le marché de l’art
L’un des secrets les mieux gardés de la BRAFA est aussi son fondement : le processus de « vetting ». Essentiel pour garantir un environnement d’achat d’une rigueur absolue, il se déroule dans l’ombre, avant l’ouverture des portes. Près de 90 experts internationaux examinent méticuleusement chaque œuvre exposée, une par une, pour en valider l’authenticité, la provenance et l’état. Cette année, cette exigence est encore renforcée par l’introduction d’outils de contrôle en amont (« pré-vetting ») et une sensibilisation accrue aux réglementations internationales, comme les certificats CITES. Ce processus est la garantie invisible qui cimente la confiance.
« Le vetting, ou comité d’expertise, constitue à ce titre l’un des piliers fondamentaux de notre identité et ne se limite pas à une vérification ; il est un véritable label de confiance, basé sur la compétence, l’indépendance et la collégialité. »
– Arnaud Jaspar Costermans, vice-président de la BRAFA pour les antiquités & maîtres anciens
En fin de compte, la BRAFA prouve qu’elle est moins un marché qu’une chambre d’échos, où les dialogues inattendus entre un reliquaire Kota et un chef-d’œuvre cubiste, ou entre une dynastie séculaire et un designer d’avant-garde, racontent la grande histoire de l’art. Alors que ces œuvres s’apprêtent à entamer un nouveau chapitre de leur histoire, laquelle vous laissera l’impression la plus durable ?
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