India Mahdavi et l’architecture du bonheur : 4 leçons pour un design qui nous fait du bien

Vous avez probablement vu ses créations, même sans le savoir, notamment l’emblématique Gallery at Sketch à Londres, devenue une icône sur les réseaux sociaux. Mais qu’est-ce qui rend les espaces d’India Mahdavi si captivants, au-delà de leur esthétique audacieuse ? Son travail est bien plus qu’une simple explosion de couleurs ; il révèle des leçons fondamentales sur la manière dont le design peut sculpter nos émotions, dialoguer avec l’histoire et créer de la joie.

Leçon 1 : Le maximalisme bien exécuté est intemporel, tactile et profondément humain.

India Mahdavi défie avec audace la tendance minimaliste. Son style, décrit comme « polyglotte et polychrome », repose sur une utilisation intrépide de la couleur et de la forme pour créer des atmosphères immersives. Son approche est une masterclass sur la matérialité, démontrant comment la couleur et la texture peuvent sculpter non seulement l’identité d’un lieu, mais aussi l’expérience de l’utilisateur.

Son projet le plus célèbre, The Gallery at Sketch à Londres, en est la parfaite illustration. Sa transformation initiale fut, en 2014, un « pays des merveilles rose millénaire » ponctué par les illustrations irrévérencieuses de David Shrigley. Huit ans plus tard, l’espace fut réinventé en 2022 avec des teintes solaires, dialoguant cette fois avec les œuvres de l’artiste Yinka Shonibare. Cet exemple démontre qu’un maximalisme réfléchi n’est pas une simple mode passagère, mais peut être à la fois intemporel, tactile et profondément humain.

Leçon 2 : Le design le plus pertinent fait le pont entre le passé et le présent.

Plutôt que d’effacer l’histoire, Mahdavi la provoque en duel, injectant une sensibilité résolument contemporaine pour la réanimer. Elle prouve ainsi que le patrimoine peut être à la fois honoré et réinventé.

Deux projets illustrent parfaitement cette philosophie. À la Villa Medici à Rome, elle a introduit sa palette de couleurs saturées et ses formes sculpturales au sein d’un palais du XVIe siècle, créant un « dialogue vibrant entre l’histoire et le design contemporain ». De même, au Café de l’École des Beaux-Arts à Paris, son design rend hommage à l’héritage artistique de l’institution tout en y injectant un esprit joyeux et moderne. Dans les deux cas, elle démontre une capacité unique à « faire le pont entre le passé et le présent », rendant ses créations à la fois pertinentes et intemporelles.

Leçon 3 : La douceur, appliquée de manière radicale, devient une force puissante.

Pour comprendre le concept de « soft power » cher à India Mahdavi, il suffit de regarder son projet ‘Rose, c’est la vie’. Pour Art Basel Paris, elle a métamorphosé un ancien atelier de réparation automobile, utilisant le contraste saisissant entre la rudesse industrielle du lieu et la douceur radicale d’un textile floral rose enveloppant chaque surface. Ce projet a été conçu comme une rupture délibérée avec les esthétiques « brutalistes, minimalistes », offrant un sanctuaire de douceur inattendu.

Cette stratégie maximaliste trouve son expression la plus radicale dans son concept de « soft power ». En prenant un motif traditionnellement perçu comme « doux » — le floral — et en l’appliquant de manière totale et immersive, elle lui confère une force radicale. Comme elle l’explique elle-même, cette approche transforme la subtilité en une affirmation puissante.

C’est une ode au soft power, car le soft power est quelque chose de subtil qui existe, mais quand on en met partout, il devient très puissant.

Leçon 4 : Le design n’est pas une fin en soi, mais un moyen de créer des souvenirs.

Au-delà de l’esthétique, aussi audacieuse soit-elle, la véritable mission d’India Mahdavi est de nature émotionnelle. Son objectif n’est pas seulement de concevoir des lieux, mais de créer des expériences et des souvenirs qui perdurent. C’est la justification ultime de son rejet du minimalisme : dans un monde « agressif », le design n’est pas un exercice de soustraction, mais un acte généreux d’addition émotionnelle.

Son travail vise à offrir des parenthèses de joie, des instants éphémères que l’on peut emporter avec soi. Cette philosophie confère à ses intérieurs une profondeur qui dépasse largement la simple décoration.

Nous sommes dans un monde assez agressif en ce moment. […] Le passé est passé et le futur — nous ne le connaissons pas. Mon travail consiste toujours à créer des souvenirs, des moments de bonheur éphémères que vous pouvez emporter avec vous.

Une dernière pensée

Le design d’India Mahdavi est bien plus qu’une affaire de style ; c’est un langage qui parle d’émotion, d’expérience et de connexion humaine. Son travail nous rappelle que les espaces que nous habitons ont le pouvoir de nous réconforter et de nous inspirer. Dans notre quête de sens, la leçon de Mahdavi est peut-être la plus radicale : et si le véritable pouvoir du design ne résidait pas dans l’esthétique, mais dans sa capacité à construire, délibérément, des moments de bonheur ?

A propos Thais Borst 25 Articles
Sensible, accueillante, gaie, généreuse, j'ai grandi dans une famille d'artistes. J'ai fais de beaux voyages et cela m'a ouvert l'esprit et la curiosité d'une manière incroyable !

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