Le podcast anglais The Great Women Artists, Un voyage à travers l’histoire de l’art au féminin.

En faisant défiler paresseusement mon pouce sur mon fil d’actualité, je tombe sur une photo d’une page Instagram que je suis maintenant depuis quelques années : Le podcast The Great Women Artists . La directrice de la page, l’historienne de l’art et conservatrice anglaise Katy Hessel, annonce la prochaine invitée de son émission radiophonique au nom éponyme. Mais de quel podcast parle-t-on ? Je décide alors d’écouter.

Le but du podcast The Great Women Artists est simple : faire découvrir, en quelque quarante minutes, des artistes féminines, peintres, sculptrices ou encore photographes, et de montrer leur importance dans l’histoire de l’art moderne et contemporaine.

Ainsi se fait-on conter la vie de la peintre suédoise Hilma af Klint, se renseigne-t-on sur la prochaine exposition de l’artiste visuelle Toyin Ojih Odutola ou encore entendons nous les préoccupations de la sculptrice britannique Cornelia Parker. Les invitées interviewées sont très diverses. Nous découvrons des conservatrices, des écrivaines, des journalistes, et parfois les artistes elles-mêmes. Le podcast apparaît ainsi comme un dictionnaire artistique au féminin, nous renseignant à la fois sur l’interrogée et le point d’interrogation.

Ainsi l’écrivaine, historienne et conservatrice Briony Fer exprime son admiration particulière pour des artistes telles que la plasticienne Eva Hesse ou Louise Bourgeois

Savant mélange de faits et de pensées, l’émission se présente comme une combinaison inédite de connaissances professionnelles et d’opinion personnelle. Ainsi l’écrivaine, historienne et conservatrice Briony Fer exprime son admiration particulière pour la plasticienne Eva Hesse. Relevant à la fois du talent innovant de l’artiste et de sa capacité à imposer son originalité face aux grandes figures contemporaines, telles que Louise Bourgeois. Les portraits brossés relèvent à la fois d’un travail factuel et d’un état de pensée, traduisant autant les concepts de l’artiste que l’impact de leurs œuvres sur notre sensibilité.

Son but est de s’adresser autant à notre esprit qu’à notre ressenti.

Désormais le ton du podcast est donné, ses bases, posées. Son but est de s’adresser autant à notre esprit qu’à notre ressenti. La proximité entre l’animatrice et l’interviewée, nous donne l’impression d’assister silencieusement à une discussion, partageant avec elles les rires et les revendications. En effet, les artistes présentées sont souvent engagées, leur travail ayant toujours un lien étroit avec la société de leur temps. Ainsi l’artiste canadienne Chloe Wise s’explique sur son tableau Uncanny Valley Girl, portraiturant une Ivanka Trump « vampirique », tenant dans sa main droite une conserve Goya, peint peu après la photo décriée du sponsor peu implicite. La peintre détaille dans l’émission les rapports paradoxaux qu’entretient son œuvre avec la société capitaliste, témoins de sa fascination autant que de son dégoût, comme l’illustrent les installations de son exposition And Everything Was True.

L’émission apparaît alors comme un moyen de rendre l’art accessible,

en exposant les méthodes de travail, en rendant aux artistes leur humanité, en dévoilant le sens véritable des œuvres. Ainsi lors de son passage dans l’émission, la photographe Juno Calypso déconstruit le mythe en expliquant que la grimace d’Artificial Sweetener, ne correspond ni à une dénonciation sociétale, ni à une figuration de la dépression, mais simplement à un instant de grand-soif.

Le podcast The Great Women Artists se fait donc le témoin britannique des ambitions artistiques contemporaines ainsi que de la place progressive qu’occupent les artistes femmes dans l’histoire de l’art. Kate Hessel, tour à tour, réhabilite des artistes passées, tombées trop vite dans l’oubli, ou nous présente celles, encore méconnues, du futur. L’émission nous renseigne tant sur l’influence dernière des compositions que sur leur conception première, laissant cependant au public le soin de les visualiser, puisque c’est l’auditeur qui fait l’oeuvre* et que nous sommes à la radio.

 

Expanded Expansion, Eva Hesse, 1969, Fibre de verre, résine de polyester, latex et étamine, Solomon R. Guggenheim Museum, New York
Expanded Expansion, Eva Hesse, 1969, Fibre de verre, résine de polyester, latex et étamine, Solomon R. Guggenheim Museum, New York
Uncanny Valley Girl (Ivanka's ethics violation), Chloe Wise, 2020, huile sur toile
Uncanny Valley Girl (Ivanka’s ethics violation), Chloe Wise, 2020, huile sur toile
Installation, Chloe Wise, 2019-2020, Herning Museum of Contemporary Art, Denmark 2012
Installation, Chloe Wise, 2019-2020, Herning Museum of Contemporary Art, Denmark 2012
Artificial Sweetener, Juno Calypso, 2012
Artificial Sweetener, Juno Calypso, 2012

Pour en savoir plus allez sur leur site

*  « Je crois sincèrement que le tableau est autant fait par le regardeur que par l’artiste » (Marcel Duchamp, 1965)

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Etudiante à l’Ecole du Louvre, j’adore déambuler dans les expositions et errer au sein des musées. Mes articles sont des invitations à des voyages au coeur de Paris, des virées culturelles dépaysantes, bref des vraies parisienneries. Je vous emmène avec moi ?

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