COURANTS VERTS – Créer pour l’environnement à l’espace Fondation EDF

Jusqu’au 31 janvier 2021 se tient Courants-Verts à la Fondation EDF . Une exposition mettant en lumière l’art écologique dans sa pluralité, avec des médiums variés et des propositions diverses.

Entrée de l'exposition Courants-Verts à la Fondation EDF

Avertir, Agir et Rêver

Dans cet espace la Fondation Groupe EDF a mis en place, grâce au commissaire d’exposition Paul Ardenne, une présentation d’œuvres d’artistes aux moyens et/ou aux visées écologiques. Ce dernier terme est, ici, à percevoir selon sa définition de relation entre les différents êtres vivants (animaux, humains, végétaux …) et avec leur environnement. Ainsi, dans cette exposition Courants-Verts à la Fondation EDF voulue par les organisateurs comme « pédagogique et compréhensible », vous découvrirez autour des axes « Avertir, Agir et Rêver » des créations qui inquiètent, émeuvent, inspirent et donnent de l’espoir pour des lendemains plus en accord avec le vivant.

Christiane Geoffroy, La dérive des continents, 2010 Courants-Verts à la Fondation EDF

Christiane Geoffroy, La dérive des continents, 2010

Des comptes rendus artistiques dénonçant le réchauffement climatique

Ces artistes internationaux parlent de l’état du vivant, de la manière d’habiter la planète et proposent de nouveaux modèles. Pour certains il s’agit de susciter la prise de conscience de manière pédagogique, à l’image de Christiane Geoffroy avec La dérive des continents. Dans cette peinture murale bleue l’artiste nous montre un planisphère dont les contours ne sont pas dictés par la topographie mais par le rapport entre PIB et émissions de CO2 de chaque pays. Avec cette œuvre l’artiste rend compte de l’état du monde et agit sur l’émotionnel du spectateur qui contemple le déséquilibre des responsabilités dans le réchauffement climatique.

Ackroyd & Harvey, Stranded, 2006 Courants-Verts à la Fondation EDF

Ackroyd & Harvey, Stranded, 2006

 Une prise de conscience voulue par les artistes

La prise de conscience du spectateur est renforcée par la rencontre, au tout début de l’exposition, avec un squelette de rorqual, exposé sur une estrade à la manière des muséums d’histoire naturelle. La culpabilité est le premier sentiment qui survient lorsque l’on observe la dépouille de l’animal qui s’échoua sans vie sur les côtes anglaises. Les artistes Ackroyd & Harvey, après avoir dépecé le rorqual et nettoyé les os, exposent son squelette paré de nombreux cristaux d’alun. L’animal devient bijou, soulignant la beauté et l’importance du vivant, que les activités humaines et le réchauffement climatique viennent perturber jusqu’à provoquer leur mort.

Leurs propositions pour un monde plus écologique

Si la part de prise de conscience et de choc est importante dans la 1ère partie de l’exposition, d’autres artistes viennent apporter une ouverture et des solutions aussi bien créatives qu’utiles pour aider la biodiversité et réduire l’impact du changement climatique. Si certaines de ces œuvres « d’art utile » ne s’adressent qu’au confort humain, d’autres viennent aider la nature à se réparer suite aux atteintes causées par l’homme. L’arbre est l’un des principaux symboles de cet art écologique, objet des œuvres de plusieurs artistes notamment Recherche Forêt de Thierry Boutonnier ou 7000 chênes, de Joseph Beuys participant ainsi à la reforestation ou encore Olga Kisseleva qui agit pour sauver des espèces d’arbres disparues avec EDEN, en alliant sciences et art.

Jérémy Gobé, Corail Artefact-sculpture 6, 2019

Jérémy Gobé, Corail Artefact-sculpture 6, 2019

Le lien étroit qui relie le vivant et la création artistique est aussi présent dans le travail de Jérémy Gobé qui montre au visiteur son projet Corail Artefact. Il part notamment ici d’un savoir-faire français, issu de la dentelle aux fuseaux, pour créer une résille en matériaux naturels dont le motif traditionnel correspond, par un heureux hasard de la nature, à celui des polypes de coraux d’une espèce menacée. Les matériaux qu’il utilise pour ses œuvres d’art, vouées à être utiles, sont parfois récupérés et toujours biodégradables ou biosourcés afin de participer le moins possible aux atteintes que subissent les coraux.

Dans cette réflexion globale autour de l’écologie – avec la prise de conscience des altérations et la recherche de solutions – d’autres artistes viennent proposer un nouvel imaginaire pour habiter le monde. Ils repensent les relations, les interactions avec les milieux naturels, en faisant de leur environnement le co-créateur de l’œuvre. Ils ne placent plus l’artiste en unique créateur héroïque. Chez Fernando Prato, c’est la nature qui vient créer l’œuvre picturale sur les papiers préalablement noircis à la fumée par l’artiste. Dans When the Bark of the Birchtree is Singing, Nathan Grimes s’en remet aux marques naturelles d’une écorce de bouleau pour créer la musique et choisir les paroles, disant alors faire chanter l’écorce de bouleau.

Des artistes amènent une réflexion sur l’inspiration et notamment pour certains la bio-inspiration. D’autres viennent proposer de nouveaux paradigmes et des idéaux de société renouvelés, à l’image de Michel de Broin avec Shared Propulsion Car. Il fait d’une ancienne voiture américaine – symbole participant du mythe de l’American way of life – un exemple de vivre ensemble, de cohésion et de lenteur choisie, en la transformant en une légère voiture à pédales qui avance à 15 Km/h grâce à l’effort conjoint de 4 personnes.

BD dans l'exposition Courants Verts

L’exposition s’intéresse également au 9e art avec une sélection de bandes dessinées aux thématiques liées à l’environnement, qui vous permettront de poursuivre votre découverte après la visite de l’exposition. Vous pouvez également la prolonger ou la préparer avec une série de 10 podcasts originaux présentés par la journaliste Cyrielle Hariel, autour des œuvres présentées dans COURANTS VERTS.

Créée pour l’environnement ?

Malgré tout, cette exposition qui présente des œuvres du courant de l’art écologique, pêche par son rapport à l’écologie même : usage de l’avion par les artistes lors de la réalisation de leurs œuvres ou pour venir à l’exposition, projets qui par leur mise en œuvre risquent d’aggraver le problème auquel ils cherchent à apporter une solution, transport d’œuvres d’un continent à l’autre pour l’exposition… C’est là le paradoxe de l’art écologique qui par son empreinte environnementale risque de renforcer les mécanismes participant à l’aggravation de la situation. Il y a bien cependant des recherches d’éco-conception des œuvres par certains artistes ; et chez tous, une volonté louable de toucher les sensibilités ou d’apporter une réponse aux problèmes environnementaux.

Grâce à la pluralité des créations exposées et des thèmes abordés, la mission pédagogique de sensibilisation est néanmoins remplie par cette exposition qui saura, par sa diversité, toucher et intéresser chacun d’entre vous. Courants Verts vous marquera par des œuvres qui dénoncent, qui œuvrent avec et pour le vivant, proposent un nouvel idéal voulu plus en accord avec la nature…

La thématique de l’art écologique semble résolument ancrée dans le fameux « monde de demain ». Pour l’anecdote, le montage fut terminé à la veille du confinement et l’exposition n’a ouvert ses portes que le 16 septembre, après quelques aménagements afin de l’adapter au protocole sanitaire actuel. Il vous faudra également réserver à l’avance et en ligne vos billets d’entrée.

Rêver - Dreaming Courants-Verts à la Fondation EDFExposition du 16/09/2020 au 31/01/2021

Réservation obligatoire exposition Courants Verts

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Étudiante à l'école du Louvre, j'aime découvrir et partager les regards sur le monde proposés par les expositions. Passionnée notamment par le textile ( et tout ce qui s'y réfère : mode, design...) ainsi que par la nature, j'ai à cœur de vous emmener à la découverte d'expositions aux sujets variés et que j'espère de plus en plus inscrites dans une démarche de développement durable.

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