Couleurs du monde, un rêve nuancé de Palestine à l’Institut du monde arabe

En rentrant dans l’Institut du monde arabe, imposant bâtiment gris jouant avec la transparence, un agent nous prie de descendre les escaliers sombres à droite, puisque c’est là que nous attend l’exposition Couleurs du monde. Drôle de titre, pour un couloir si austère. Mais la surprise n’en est que plus grande, puisqu’une scénographie aux couleurs citronnées et lilas nous attend, présentant des tableaux aux coloris criards, aux tons entremêlés. Les couleurs sont de ce fait bien présentes, mais qu’en est-il cependant de celles du monde ? L’enjeu de l’exposition est ainsi posé.

Ireland, Donegal, Tory Island Couleurs du monde à l'Institut du monde arabe

Ireland, Donegal, Tory Island, Martine Franck, 1995, Tirage original

Le concept est simple : chaque année un artiste désigné. Cette année c’est au tour de l’écrivain Laurent Gaudé. Il sélectionne parmi la collection du futur Musée d’art moderne et contemporain de la Palestine, une quarantaine d’oeuvres offertes bénévolement par des artistes internationaux. On trouve ainsi une peinture du graffeur français Jef Aérosol, des photographies de la Vénézuélienne Annabel Guerrero ou encore une sculpture du français Vincent Barré. Les œuvres sont diverses, leurs thèmes aussi. En effet, le rapport entre le tirage original de Martine Franck, intitulé Ireland, Donegal, Tory Island et le bronze Gibet de Vladimir Velickovic paraît complexe à trouver, son lien avec le titre de l’exposition quasi impossible.

Gibet, Velickovic

Gibet, Vladimir Velickovic, bronze

Les artistes extériorisent leurs sentiments et témoignent, pour un instant, de leur vision du monde actuel.

C’est ainsi que l’on comprend : le monde est varié, ses représentations aussi. La palette s’élargit alors : du travail du coloris, à l’expression de l’angoisse face à une société toujours plus belliqueuse. Les artistes extériorisent leurs sentiments et témoignent, pour un instant, de leur vision du monde actuel. Dans son œuvre Salah Ad-Din Street, Jérusalem-Est, Territoires occupés, Alexis Cordesse réalise un faux panorama où il choisit de réunir Palestiniens et Israéliens. Il les regroupe dans un même lieu mais où chacun est enfermé dans des pensées différentes. Les protagonistes se croisent sans se voir, décidés ou absorbés par leurs propres actions. Si la topographie est la même, les individus diffèrent, refusant de se fondre ou de se nuancer.

Salah Ad-Din Street, Jérusalem-Est, Territoires occupés

Salah Ad-Din Street, Jérusalem-Est, Territoires occupés, Alexis Cordesse, 2009, tirage original

Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, rappelle que la collection est d’abord destinée au futur Musée d’art moderne et contemporain de la Palestine, que ces expositions annuelles ne sont que des étapes.

Le but d’un « musée d’amitié », en reprenant les mots du commissaire invité, apparaît alors comme bien loin.  Il explique que le mot couleur n’est pas le premier venant à l’esprit lorsqu’on évoque la Palestine. Pourtant l’exposition n’apparait pas comme uniquement temporaire, sa visée est en fait à percevoir sur le long terme. Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, rappelle que la collection est d’abord destinée au futur Musée d’art moderne et contemporain de la Palestine, que ces expositions annuelles ne sont que des étapes. L’intitulé prend alors un nouveau sens : les couleurs du monde sont celles du globe, non plus celles uniques de la Palestine. L’exposition apparaît ainsi comme une ouverture sur l’humanité entière, pour tous les Palestiniens, sur tous les sujets possibles.

Couleurs du monde se présente donc comme une fenêtre ouverte sur le monde d’aujourd’hui et de demain. L’oeuvre Scène intérieure du photographe Mehdi Bahmed, traite ainsi des rapports entre les cultures occidentale et arabo-musulmane. De l’idée d’une acceptation mutuelle qui paraît complexe mais se révèle réalisable, comme en témoigne la timide transition lumineuse entre ces deux couleurs complémentaires.

Scène intérieure, Bahmed Couleurs du monde à l'Institut du monde arabe

Scène intérieure, 2017, Lyon, Mehdi Bahmed, tirage original

Le spectateur, aiguillé par quelques cartels, construit alors son propre voyage. Il peut aborder l’exposition selon un angle personnel, choisissant de voir un monde terne, monochrome ou coloré. Ainsi se dessine sous nos yeux le Musée d’art moderne et contemporain de la Palestine, construit par le devoir de chacun d’amener son monde à lui pour le donner en partage, comme le conclut Laurent Gaudé.

Du 15 septembre 2020 au 20 Décembre 2020

Source:

https://www.imarabe.org/fr/expositions/les-collections-vivantes-de-l-ima-couleurs-du-monde

Author

Etudiante à l’Ecole du Louvre, j’adore déambuler dans les expositions et errer au sein des musées. Mes articles sont des invitations à des voyages au coeur de Paris, des virées culturelles dépaysantes, bref des vraies parisienneries. Je vous emmène avec moi ?

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