Claudia Andujar et la lutte Yanomami à la Fondation Cartier

La Fondation Cartier pour l’art contemporain propose pour la première fois une exposition monographique dédiée à Claudia Andujar : Claudia Andujar et la lutte Yanomami à la Fondation Cartier

 

Nous pouvons y découvrir son travail de photographe, mais aussi son engagement depuis les années 1970 aux côtés des Yanomami. Cette population de la forêt amazonienne fait face au gouvernement brésilien et ses vues sur leur territoire. 

vue d'exposition

Prévue normalement jusqu’au 10 mai prochain, il était possible d’admirer ses photographies. L’exposition traduit autant une recherche artistique et esthétique qu’un engagement politique et journalistique.

 

Ses photographies sont accompagnées de courts textes et extraits de prises de paroles de Davi Kopenawa, leader Yanomami, et de documentaires et interviews. Elles nous permettent avant tout d’aller à la rencontre de ce peuple, mis à l’honneur, comme depuis une quarantaine d’année. Le rez-de-chaussée, qui ouvre l’exposition, nous plonge directement dans l’univers quotidien des Yanomami.

 

Claudia Andujar et la photographie, entre art et journalisme. 

 

photo d'exposition

Portrait de Claudia Andujar par Lew Parrella, c. 1961

Claudine Haas est née en 1931 à Neuchâtel (Suisse) d’une mère suisse et d’un père hongrois, d’origine juive. Elle grandit dans une région de l’actuelle Roumanie, auprès de son père et de sa famille. Lorsque la guerre éclate, ils sont déportés et tués dans les camps de concentration. Elle fuit alors avec sa mère par la Suisse jusqu’à New-York, où elle prend le nom de Claudia. Elle se marie en 1949 avec Julio Andujar, réfugié espagnol, dont elle gardera le nom après leur séparation. 

 

Après avoir commencé la peinture à New York, c’est avec ses photos que sa carrière artistique va se construire.

En 1955, elle rejoint sa mère, installée à Sao Paulo. Commence alors une découverte de l’Amérique Latine en même temps que de la photographie. Après avoir commencé la peinture à New York, c’est avec ses photos que sa carrière artistique va se construire et qu’elle commence à être reconnue.

vue d'exposition

 

Très vite néanmoins, elle s’engage dans un travail journalistique, en collaboration avec divers magazines. En 1966, deux ans après le coup d’État qui instaure une dictature militaire au Brésil, elle entre dans l’équipe du magazine Realidad. Son travail prend alors un tournant plus social et documentaire, et se voit rapidement reconnu en tant que tel.

C’est pour l’un de ses derniers projets pour le magazine, qu’elle quitte en 1971, qu’elle rencontre les Yanomami.

C’est au début des années 70 qu’elle rencontre les Yanomami. En même temps que des liens particuliers se tissent peu à peu entre eux, son engagement se construit. En 1977, elle fait la connaissance de Davi Kopenawa, qui va devenir l’un des grands leader Yanomami. Commencent alors des décennies de lutte et d’engagement à leurs côtés, pour défendre leurs intérêts et ceux de la forêt Amazonienne. 

 

« Je me sens à l’aise dans ce monde Yanomami. Je ne me sens plus étrangère. Ce monde m’aide à me comprendre et à accepter l’autre monde dans lequel j’ai grandi. Ces deux mondes se rassemblent en une grande étreinte. Pour moi, ils ne forment qu’un seul monde ! Je n’éprouve pas de nostalgie. » Claudia Andujar

Claudia Andujar et les Yanomami, une rencontre avant l’engagement. 

 

vue d'exposition

Les photographies présentées ont été prises entre 1971 et 1976, alors qu’elle faisait de nombreux séjours auprès des Yanomami. Elle y découvre leur quotidien – qu’elle essaye d’adopter au mieux.

La première partie, « de l’Europe à l’Amazone Brésilienne (1931-1977) », nous présente à la fois Claudia Andujar et les Yanomami, au travers de nombreuses explications autour de leurs traditions, de leur quotidien, de leurs mythes fondateurs. Les photographies présentées ont été prises entre 1971 et 1976, alors qu’elle faisait de nombreux séjours auprès des Yanomami. Elle y découvre leur quotidien – qu’elle essaye d’adopter au mieux. On y voit le retour vers des recherches plus artistiques que documentaires (ces premières photographies ne sont pas qualifiées comme telles). Au moyen d’un travail qu’elle développe d’abord en atelier autour de la surimpression, des temps d’expositions, ou de pellicules infrarouges par exemple, elle parvient à retranscrire une véritable expérience sensible de cette rencontre. 

Premier espace : L’attrait du Catrimani, dans l’intimité du foyer et rites et invention.

La visite commence par « l’attrait du Catrimani » (qui est l’une des régions brésiliennes où se trouvent la terre des Yanomami). Nous faisons la rencontre des Yanomami au travers de leurs mythes fondateurs. L’espace se mélange au thème du foyer. Les photographies retranscrivent, une atmosphère particulière, entre ombre et lumière (majoritairement en noir et blanc) plutôt qu’une réalité documentaire. Dans la partie « rites et invention », l’application de ses recherches artistiques nous permet d’essayer de comprendre ce que ces moments de cérémonies religieuses ont de fantastique.

« Elle est alors arrivée à la mission Catrimani. Elle a pensé à son projet, à ce qu’elle ferait, à ce qu’elle planterait. Comme on plante des bananiers, comme on plante des anacardiers. Elle portait les vêtements des Indiens, pour se lier d’amitié.» Davi Kopenawa, lors du vernissage de l’exposition Claudia Andujar, A luta Yanomami, à l’Instituto Moreira Salls (Brésil, janvier 2018).

 

vue d'exposition

Le début de la lutte et l’engagement humanitaire.  

 

La partie du sous-sol présente l’engagement politique et humanitaire de Claudia Andujar.

La partie du sous-sol présente l’engagement politique et humanitaire de Claudia Andujar. Si l’aspect très personnel de sa relation avec les Yanomami demeure dans ses photographies, en noir et blanc ou en couleur, il s’agit désormais d’un travail militant. Après sa rencontre avec Davi Kopenawa, et en réaction à la politique du gouvernement brésilien, elle s’engage auprès d’organismes. Elle ne lutte pas seulement aux côtés des Yanomami, mais aussi de toutes les populations autochtones de l’Amazonie. Les diverses prospections des politiques et des industriels menacent leur façon de vivre.

vue d'exposition

vue d'exposition

Dessins et portrait de Taniki.

 

 

 

 

 

 

 

Nous rencontrons de nouveau, presque directement cette fois, les Yanomami, qui prennent la parole par le dessin.

Ce ne sont plus seulement les Yanomami qui sont présentés, mais la lutte qui s’engage. L’espace s’ouvre sur une série de portraits de personnes Yanomami en noir et blanc. Ils sont tous d’une très grande force : Claudia Andujar parvient, grâce à des plans resserrés, à nous mettre en présence de ces individus qui se livrent à son objectif sans artifices. Sur le mur qui leur fait face, des dessins sont exposés. Ils proviennent d’un programme qu’elle a porté avec le missionnaire Carlo Zacquini et avec l’aide d’une bourse de la Fondation de soutien à la recherche de l’état de São Paulo (FAPESP). Ils proposaient à des Yanomami de dessiner : leur culture, leur quotidien, leur croyance – tous les aspects se mélangent. Nous rencontrons de nouveau, presque directement cette fois, les Yanomami, qui prennent la parole par le dessin. On peut aussi admirer des reproductions de photographies de la forêt Amazonienne (prises pour un livre – AMAZÔNIA – qu’elle publie en 1978, avec George Love, pour sa défense). 

 

   Claudia Andujar militante. 

 

vue d'exposition

Ces politiques signent aussi l’introduction d’habitudes alimentaires, de maladies, que ne connaissaient pas ces populations et qui les exposent à de nombreux nouveaux dangers.

Le deuxième espace, toujours plus militant, est aussi plus dur. Loin de l’atmosphère qui nous paraît presque rêvée du rez-de-chaussée, l’exposition nous présente la réalité de la vie des populations amazoniennes. Envahis par les chercheurs d’or, par les projets de routes qui traversent leurs terres, certains s’adaptent en s’engageant en tant qu’ouvriers. D’autres mendient près des routes. Des espaces sont abandonnés. Ces politiques signent aussi l’introduction d’habitudes alimentaires, de maladies, que ne connaissaient pas ces populations et qui les exposent à de nombreux nouveaux dangers.

 

Mucajai, 1983

L’exposition présente d’autres séries de portraits, prises dans le cadre d’une campagne de vaccination lancée en 1980. Ici, le cadrage est plus standardisé. Les personnes sont présentées de face, avec un numéro permet de les identifier plus facilement. Plusieurs séries sont prises sur différentes années, ce qui nous permet de les voir évoluer. Elles ont un aspect plus formel, moins intime. Mais l’on peut toujours y reconnaître la sensibilité de Claudia Andujar et l’attention qu’elle porte à ces personnes. L’aspect documentaire revient, magistral au travers du regard d’artiste qui ne la quitte jamais, et qui donne toute la force à ses photos. 

 

Le dernier espace est l’espace multimédia. Nous y découvrons une oeuvre audiovisuelle, présentée pour la première fois par Claudia Andujar lors de l’exposition Genocidio do Yanomami: morte do Brasil. Organisée par la CCPY à Sao Paulo, elle voulait alerter du projet du gouvernement brésilien. En 1989, il décide de morceler le territoire Yanomami en 19 réserves – ce qui causerait leur décimation. Claudia Andujar reprend des photographies dans ses archives personnelles, qu’elle réorganise. La compositrice brésilienne Marlui Miranda les accompagne par une musique originale. D’une durée de 20 minutes, des sièges sont disponibles pour le visionnage de cette œuvre militante, qui clôt l’exposition. 

 

Claudia Andujar et la lutte Yanomami à la Fondation Cartier :

Une exposition engagée. 

L’engagement de Claudia Andujar est total et sincère, et va au-delà de son travail de photographe.

Davi Kopenawa, chaman et porte-parole Yanomami. Photographie de Ormuzd Alves rephotographiée par Claudia Andujar.

Cette exposition présente un intérêt artistique et esthétique, mais aussi documentaire et très engagé. Dans chaque espace, des écrans permettent de visionner des documentaires – sur la vie de Claudia Andujar de manière générale, ou bien sur les Yanomami, sur la politique brésilienne, etc. Davi Kopenawa et Carlo Zacquini (un missionnaire vivant sur le territoire des Yanomami, au Catrimani, depuis 1965) commentent aussi son engagement depuis les années 70. Cela permet aux visiteurs de comprendre la portée du travail de Claudia Andujar, et de l’action menée par les différents acteurs dans cette région. 

L’engagement de Claudia Andujar est total et sincère, et va au-delà de son travail de photographe. Le discours de Davi Kopenawa lors du vernissage de l’exposition Claudia Andujar, A luta Yanomami à l’Instituto Mareira Salles (Brésil, Janvier 2018) en rend compte : 

 

« Elle n’est pas Yanomami, mais c’est une véritable amie. Elle a pris des photographies des accouchements, des femmes, des enfants. Puis elle m’a appris à lutter (…). Je ne savais pas lutter contre les politiciens, contre les non-amérindiens. (…) Il est très important que vous regardiez son travail. Il y a beaucoup de photographies, beaucoup d’images de Yanomami qui sont morts, mais ces photographies sont importantes afin que vous connaissiez et respectiez mon peuple. »

 

Nous ressortons de cette exposition autant ravis par la beauté des photos de Claudia Andujar, que marqués par son engagement et par l’état d’une situation, encore très actuelle, dans laquelle se trouvent ces populations.

 

Informations supplémentaires

Le livret d’exposition (disponible en ligne) permet lors de sa visite de se concentrer sur les photos dans un premier temps. Comprenant les textes de l’exposition, mais aussi des informations supplémentaires (nous pouvons y trouver notamment un glossaire, des courtes biographies), nous pouvons nous y replonger ensuite. C’est aussi un bel objet qui permet de garder un souvenir de l’exposition. Il est aussi possible d’entendre Claudia Andujar s’exprimer sur son travail : de nombreux podcasts sont disponibles sur le site de la Fondation Cartier. 
Dans le contexte actuel de l’épidémie du COVID-19, la Fondation Cartier est bien entendue fermée. Vous pouvez retrouver Claudia Andujar et la lutte Yanomami à la Fondation Cartier sur les réseaux sociaux et sur leur site internet, où sont partagés de nombreuses ressources disponibles pour aller à la rencontre de Claudia Andujar et de l’engagement des Yanomami. 

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