L’étoffe des rêves de Lee Young-Hee

L’étoffe des rêves de Lee Young-Hee – Du 4 décembre 2019 au 9 mars 2020 au musée national des arts asiatiques – Guimet

Le musée Guimet rend hommage à une grande créatrice de mode coréenne, Lee Young-Hee, décédée en 2018, par la présentation de sa collection. L’ensemble a été généreusement offert par la fille de l’illustre couturière comme un moyen de témoigner de la gratitude de cette dernière envers Paris qui a accueillie nombre de ses manifestations. Ce don massif est d’autant plus important puisque, grâce à lui, le musée devient possesseur de la plus grande collection de textiles coréens à l’étranger. Malheureusement trop peu connue du grand public alors qu’elle prenait entièrement part aux Semaines de la Mode parisiennes tout en participant à la conservation d’un patrimoine culturel, Lee Young-Hee retrouve la place qui lui est due : dans un musée : L’étoffe des rêves de Lee Young-Hee

 

Le musée peut se féliciter de l’enrichissement constant de ses collections. Nous vous avions déjà mentionné l’acquisition, l’été dernier, d’une oeuvre contemporaine de l’artiste japonais Takahiro Kondo mise à l’honneur dans l’exposition “La légende dorée du Bouddha”. A nouveau, celle-ci témoigne de la politique dynamique du musée dans la présentation toujours renouvelée du monde asiatique dans sa globalité. Cette quasi rétrospective permet d’appréhender le travail pluriel de Lee Young-Hee par deux typologies clairement séparées au sein de l’exposition : son travail de “re-création” du costume traditionnel coréen puis ses interprétations personnelles de ce dernier. Ce parti-pris crée une certaine dichotomie en présentant une dimension plus historique, l’autre davantage esthétique.

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De la reconstitution…

Lee Young-Jee ; Guimet ; Paris ; costume ; mode ; fashion ; Korea ; Corée ; expositionColoriste hors-pair, elle favorise l’emploi des teintures naturelles, comme l’indigo, qu’elle applique sur une sélection raffinée de matériaux traditionnels issus de fibres naturelles (comme la ramie, la fibre d’ananas ou le lin) ou animales (la soie essentiellement). Finesse et transparence dictent ses choix. La présentation met d’ailleurs très bien en exergue ces qualités en faisant flotter les jeogori (veste qui compose le costume traditionnel coréen) comme des mirages d’insectes volants ou d’oiseaux. C’est la noblesse de la matière, magnifiée par les gestes ancestraux, préservés par les vieilles femmes coréennes ou encore des moines bouddhistes, qui nous est donnée à admirer.

Lee Young-Jee ; Guimet ; Paris ; costume ; mode ; fashion ; Korea ; Corée ; expositionC’est le hanbok, pièce essentielle de la garde-robe coréenne qu’elle redéfinit. Littéralement “vêtement coréen”, il se compose d’une veste associée à une jupe pour les femmes et un pantalon pour les hommes. Il était porté par toutes les classes de la société mais selon des couleurs et matières différentes pour rendre compte du statut de son porteur. Comme dans toute société, le vêtement est bien évidemment un marqueur de richesse par l’instauration d’une codification stricte. La Corée ne fait pas exception à la règle. Sa collection de hanbok anciens était pour elle une source d’inspiration et de recherches pour ses créations. La simplicité des lignes, la haute technicité de coupe typiquement asiatiques se retrouvent ici. Cependant ils s’en distinguent par une silhouette propre à la Corée, marquée par le volume ample de la jupe créant un jeu de courbes et contre-courbes. Son travail de reconstitution, conséquent, s’attache dans une manière quasi-scientifique à décortiquer tout le costume coréen, des sous-vêtements à la coiffure, dans une précision et fidélité extrêmes. En témoigne une création accompagnée de la peinture ayant inspirée la couturière, véritable matérialisation du dessin en volume. 

 

… A la “re-création”

Lee Young-Jee ; Guimet ; Paris ; costume ; mode ; fashion ; Korea ; Corée ; expositionElle reprend ensuite des principes dégagés de ce costume qu’elle exploite dans ses œuvres, suivant un processus de création similaire à celui de Christian Lacroix. Le matelassage, la surpiqûre, le décor en patchwork inspiré par les bogaji (tissu servant à emballer les présents) ou les vêtements des moines bouddhistes, le volume des manches “en ailes de papillon”, la teinture, la transparence d’une matière, les accessoires en passementerie, sont des prétextes à la déclinaison d’une collection. Ses hanbok contemporains jouent sur les contrastes suscités par l’association de ces différents paramètres, leur changement d’échelle ou dans la manière de porter le vêtement. L’étude approfondie des vêtements conservés et l’analyse des peintures anciennes par Lee Young-Hee justifient ces écarts par rapport à la tradition. 

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L’exposition met en lumière la menace d’extinction qui pèse sur les savoir-faire traditionnels. En effet, conséquences de l’occidentalisation apportée par la globalisation, les costumes traditionnels sont peu à peu abandonnés, de même que les matières naturelles et ses techniques de fabrications artisanales. Toujours avec l’exemple du hanbok, ce dernier n’est désormais porté que lors du mariage et seulement en blanc. Bien que Lee Young-Hee ait réussi à revaloriser le costume traditionnel coréen sans concession, son action sera-t-elle poursuivie dans le futur ? Des images d’archives montrant des groupes de vieilles dames séparer les fibres de rami selon une technique spécifique, laisse présager que cette action ne se poursuivra probablement pas parmi la jeunesse. Toutes ces techniques sont-elles destinées à disparaître sous verre à l’abri dans des vitrines ? La tête remplie de merveilles diaphanes et illuminées, on ne peut s’empêcher de quitter l’espace d’exposition inquiet face à l’avenir réservé aux pratiques traditionnels et ce dans le monde entier. Reste l’espoir de voir émerger une nouvelle génération de créateurs conscients de ce trésor et soucieux de le perpétuer afin de mieux créer.

 

Informations pratiques : L’étoffe des rêves de Lee Young-Hee

Plein tarif : 11.5 euros
Tarif réduit : 8.5 euros

Gratuit pour les moins de 18 ans et les visiteurs résidents européens de 18 à 25 ans

Attention ! Le musée fermera exceptionnellement à 17h durant toute la durée de la grève des transports

MUSÉE NATIONAL DES ARTS ASIATIQUES – GUIMET, 6, place d’Iéna, Paris 16e

 : Iéna (ligne 9), Boissière (ligne 6)

Author

Sophie n'a pas peur du marathon des expositions parisiennes ! Infatigable, elle saura vous procurer les meilleurs conseils sur l'exposition du moment. Passionnée par la mode et le costume, vous la croiserez autour du Marais, du faubourg Saint-Honoré, rue de la Paix ou de Rivoli.

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