BACK SIDE / DOS À LA MODE, musée Bourdelle un autre regard sur la mode

Du 5 juillet au 17 novembre 2019 Back Side / Dos à la mode au Musée Bourdelle

 

En attendant la réouverture du palais Galliera, prévue en 2020, le musée organise une exposition hors les murs au musée Bourdelle consacrée à la mode vue de dos. Un point de vue inédit qui est encore l’occasion pour ces deux institutions de créer un nouveau dialogue entre la mode et la sculpture. Une fusion toujours réussie. A voir jusqu’au 17 novembre. 

 

Un autre point de vue

L’exposition débute par un couloir où est affichée une mosaïque de photographies des catwalks (podiums de défilés) parisiens de la fashion week printemps/été 2019. On en tire le constat que la vue de face est prédominante aujourd’hui, au détriment de la face arrière du vêtement. Cette frontalité, imposée par le digital et par le rythme effréné des défilés, tend à faire l’impasse sur la nature tridimensionnelle du corps et du vêtement. Le dos, seule surface plane la plus étendue du corps, qu’on ne peut toucher avec les bras, est considérée comme partie la plus vulnérable du corps, signe de soumission à l’autre. En témoigne les expressions négatives : dos au mur, faire le dos rond, poignardé dans le dos… Souvent oubliée dans l’histoire de la mode, l’exposition vise à réhabiliter cette partie anatomique au travers d’un parcours thématique. Il approfondit les caractéristiques des vêtements vus de dos telles que : le sillage, l’oubli, la charge, les ailes, l’entrave, le dos nu et sa charge érotique, ainsi que la marque. 

 

 

 

Issues des collections riches du palais Galliera, des pièces du XVIIIème siècle à nos jours sont présentées de dos, à nos regards presque voyeurs. Pour ceux que cela effraie, des jeux de miroirs ou des ouvertures dans les cloisons permettent le plus souvent aux visiteurs de pouvoir admirer aussi de face les silhouettes. Certaines présentations inédites, comme l’arrière des gilets des costumes masculins du XVIIIème siècle, jamais visible, met en lumière la fonction d’apparat du costume de cour, où seul le visible est théâtralisé. Ainsi, au delà de sa valeur esthétique, le dos instruit sur la valeur du vêtement d’un point de vue social et psychologique. Les sculptures ne sont pas en reste, et ça peut être la présentation surprenante d’un portrait moulé en bronze vu de l’intérieur qui donne lieu à des formes abstraites et nouvelles. 

 

Deux camisoles de force appartenant au XIXème et début du XXème siècle et une combinaison en dentelle de Jean-Paul Gaultier

 

Certains couturiers ont fait du dos le point focal de leurs créations : Balenciaga, Azzedine Alaïa ou encore Yohji Yamamoto pour les plus connus, ou comme Charles James, couturier des années 1930, inconnu au bataillon en France et qui mériterait d’être plus (re)connu. D’autres pièces plus attendues sont exposées, comme l’incontournable et célébrissime robe réalisée par Guy Laroche pour Mireille Darc dans le film Le Grand Blond avec une Chaussure Noire (1972). Plus étonnantes sont les camisoles de force, employées dans les asiles, datant de la fin du XIXème au début du XXème siècle, dont le revers est pourvu d’impressionnantes fermetures. 

 

Un autre rapport

En dehors de l’exposition en tant que telle, d’autres pièces investissent le musée Bourdelle. Soigneusement choisies, elles font écho aux sculptures du maître et s’insèrent parfaitement à l’atmosphère du lieu. L’impressionnante Grande Halle, lumineuse et monochrome, accueille cinq silhouettes qui jaillissent aux yeux du visiteur. Encore, dans l’atelier de peinture, c’est un corset moulé réalisé par Alexander McQueen qui crée la synthèse des œuvres exposées autour. L’installation invite le visiteur à découvrir et se perdre dans les collections permanentes, occasion de (re)découvrir le musée Bourdelle, lieu qui mériterait une plus grande célébrité. On se souvient des expositions-mode à succès, accueillies également par le musée Bourdelle, consacrées aux noirs des robes de Cristobal Balenciaga en 2017, ainsi que celle portant sur le travail de Madame Grès en 2011, qui montrèrent l’union entre le vêtement et la sculpture, dans la démarche créatrice du couturier ou la dimension sculpturale des robes monochromes. 

 

 

On peut y voir la volonté d’obliger le regardeur à tourner autour de l’oeuvre, à adopter des points de vue différents, parfois surprenants. Démarche qui paraît assez nécessaire lorsque l’on regarde une sculpture, mais peut être un peu moins dans le cas d’un costume. Il s’agirait pour le visiteur d’envisager le vêtement comme une structure textile à part entière, qui peut être modelée, sculptée par son créateur. La scénographie elle-même semble insister sur ce point, en attribuant aux pièces de mode des support de sculpture. Les robes de Rei Kawakubo, présentées dans l’atelier de sculpture de Bourdelle et magnifiquement mises en valeur par l’atmosphère sombre du lieu, en sont le meilleur exemple. Le corps, dans ces deux media, semble émerger de la masse informe de la matière, comme inachevé. 

A la terrasse, au milieu des bustes sculptés, on retrouve une sélection de scènes iconiques du cinéma où le dos est joué et mis en valeur. Un seul regret peut-être, le manque d’œuvres plastiques et picturales, qui accompagneraient les pièces, cependant largement plus exploitées dans le catalogue de l’exposition qui mérite d’être feuilleté à la boutique. Une visite riche d’enseignements (grâce à des cartels très bien détaillés), et visuellement très attractive, qui régalera aussi bien les aficionados de la mode que les néophytes. 

 

 Informations pratiques :

Plein tarif : 10 euros
Tarif réduit : 8 euros

Gratuit pour les moins de 18 ans

MUSÉE BOURDELLE, 18, rue Antoine-Bourdelle, Paris 15e

 : Montparnasse-Bienvenüe (lignes 4, 6, 12, 13)

Author

Sophie n'a pas peur du marathon des expositions parisiennes ! Infatigable, elle saura vous procurer les meilleurs conseils sur l'exposition du moment. Passionnée par la mode et le costume, vous la croiserez autour du Marais, du faubourg Saint-Honoré, rue de la Paix ou de Rivoli.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.