Une échappée dans l’Allemagne romantique au Petit Palais

 Jusqu’au 1er septembre 2019

Après les expositions consacrées aux Arts graphiques De Watteau à David, la collection Horvitz et L’art du pastel de Degas à Redon, le Petit Palais continue sur sa lancée avec L’Allemagne romantique, Dessins des musées de Weimar.

Bien que la connaissance du XIXème siècle en France soit très axée sur l’art national, cet événement permet de mettre en lumière une autre facette du romantisme. Des noms familiers comme Füssli ou Friedrich sont présents dans les salles et nous évoquent des visions cauchemardesques ou des paysages mélancoliques, mais d’autres artistes moins connus et pourtant talentueux sont à découvrir comme Tischbein, Horny ou Schnorr von Carolsfeld, ainsi qu’une trentaine d’autres avec chacun leur univers propre !

Ces œuvres, plus d’une centaine, proviennent des collections des musées de Weimar, la plupart sélectionnées par Goethe pour sa propre collection ou à la demande du Grand-Duc de Saxe-Weimar-Eisenach. Même si l’on est peu familier avec l’art du dessin, cet accrochage est le bienvenu pour découvrir cette pratique, on trouve aussi bien des esquisses que des dessins très aboutis. Tous les genres sont présents : portraits, scènes de genre, paysages… révélant l’influence des passions contemporaines avec les illustrations de légendes médiévales, du mythe d’Ossian, ou de pièces de Shakespeare…

 

Une fresque panoramique nous plonge dans l’ambiance de Weimar au XIXème siècle et décore la salle d’introduction. Puis l’entrée de l’exposition est annoncée par un Salve inscrit au sol, en référence à l’entrée de la maison de Goethe de Weimar dont l’organisation intérieure est reprise par la scénographie avec une série de pièces en enfilade. Elles divisent l’espace en six parties aux ambiances très variées grâce à un jeu de couleurs vives et de discrètes frises décoratives en partie supérieure des cimaises. De larges portes blanches ouvertes scandent la perspective au fil des œuvres, dans une intimité de maison recréée qui invite à la contemplation. La visite s’achève avec des extraits de morceaux de Liszt et de Wagner à écouter, pour prolonger encore quelques instants le voyage.

Le caractère morcelé du pouvoir allemand fit qu’il n’y eut pas de chef de file pour servir de modèle aux jeunes générations à l’image d’un Antoine-Jean Gros en France, ce qui a permis une véritable liberté artistique où le dessin est devenu le médium favori des artistes, support pratique et intime pour l’épanchement de leur inspiration romantique. La variété des iconographies et des techniques permet de comprendre cette diversité, que nous illustrerons en trois dessins coup de cœur.

Méditer sur la mort avec Friedrich : Hibou sur une tombe, vers 1856.

Avec sa technique graphique favorite, plume, encre brune et lavis brun, Friedrich nous livre un paysage nocturne, éclairé par une pleine lune dévoilant une tombe fraichement creusée, la pelle encore plantée à côté, devenue le perchoir improvisé d’un hibou. La mort devient de plus en plus présente dans l’œuvre de Friedrich à l’approche de la vieillesse, et se mêle à son goût pour les paysages qu’il maîtrise si bien. Une feuille d’un petit format mais typique de l’esprit romantique qui utilise la nature pour traduire les tourments intérieurs qui peuvent assaillir les artistes.

Voyager en Italie avec Horny : Olevano, vue sur la ville haute et le château fort, vers 1821.

Les artistes allemands voyagent volontiers, toujours en quête d’inspiration, et le charme italien les amènent à quitter le Nord de l’Europe pour des paysages plus méridionaux. Franz Theobald Horny est parti quelques années vivre dans les environs de Rome, à Olevano Romano. Il retranscrit ici fidèlement les habitations du piton rocheux. Il trace les lignes générales au crayon graphite, puis détaille davantage à la plume et à l’encre avant de gouacher afin de rendre les textures et les ombres. L’inachèvement de la feuille lui donne un charme supplémentaire, laissant voir le travail intermédiaire nécessaire à sa réalisation.

Au coin du feu avec Johann Heinrich Wilhelm Tischbein : La Grande Ombre, vers 1805

Un mur complet est consacré aux œuvres de Tischbein, qui se démarque par un style propre et original. Avec une technique similaire à celle de Horny, il met en scène un homme, dos à une cheminée allumée, qui éclaire seule une grande pièce aux murs nus. L’ombre de sa personne se projette et s’étend de ses pieds au plafond. Un moment de recueillement silencieux, d’introspection si chère aux romantiques, qui étonne par sa mise en scène originale et novatrice.

A voir au Petit Palais, L’Allemagne romantique, Dessins des musées de Weimar, jusqu’au 1er septembre 2019.

 

 

 

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