Paris-Londres, l’exposition en musique du Musée de l’Immigration

 

La musique se fait miroir des voyages migratoires à la Porte Dorée. S’appuyant sur les deux anciennes capitales d’empires coloniaux, l’exposition Paris-Londres, Music Migration retrace l’impact de ces voyages sur la musique. Ska jamaicains, R&B, jazz, yéyé, toutes résonnent dans les salles du prestigieux Musée de l’Immigration. Mêlant morceaux des années 70, tags, costumes de scènes, mandolines, vidéos d’archives, photographies, l’exposition témoigne de l’effervescence musicale qu’a permise l’arrivée de nouveaux entrants sur le territoire londonien et parisien. Gratuite pour les moins de 26 ans, l’exposition se montre séduisante et rebelle par la disposition atypique de ses pièces, ses énormes poufs mis à disposition et ses tags explosifs qui tapissent ses murs. Elle met en valeur la richesse de ce métissage culturel créateur. Hymne à la tolérance et à la créativité, le Musée de l’Immigration charme le visiteur en musique.

 

« Nos musiques actuelles sont les héritières des vagues migratoires »

~ Angéline Escafré-Dublet, co-commissaire de l’exposition

 

 

Un rock n roll révolutionnaire

Au cours des années 60, le rock’n roll devient la musique de la génération des baby boomers. A Paris, le yéyé s’empare du dancefloor pendant que Londres est embrasé par la Beatlemania. Dénigré par ses contemporains  qui associent ce genre avec la délinquance et la violence, le rock’n roll doit sa mauvaise réputation au fait qu’il représente la culture afro-américaine. Sur les journaux de l’époque, il est décrit comme un art « pervertissant » rappelant les rites de tribus africaines et amérindiennes jugées « primaires » par les auteurs. Même les plus modérés le considèrent comme une simple passade sympathique, une crise d’ados qui s’évanouira aussitôt. Mais plus qu’un genre musical, le rock se transforme en un symbole de rébellion contre un système jugé intolérant et dépassé. Le groupe The Equals devient ainsi le premier groupe multi-ethnique de Grande Bretagne en 1965. Leur style de musique est un mélange soigné entre blues, rock, jazz et ska. Leur titre, dans l’air du temps, « Police on My Back » dresse le portrait d’une jeunesse en conflit avec les forces de l’ordre. En France, les pionniers du rock tels que Frankie Jordan sont nombreux à être nés en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Porteurs d’un vent de liberté et de nouveauté, ces artistes transforment la musique locale. La tunisienne Jacqueline Taïeb en est sans doute l’exemple le plus marquant avec son tube « Sept heures du matin ». Retentissant en boucle dans l’exposition, le titre est encore indémodable.

 

Une intégration par le son

L’exposition fait défiler habilement les dates démontrant le changement de mentalités des populations et la place de la musique dans ce processus. En 1948, l’arrivée au Royaume-Unis du navire Windrush, avec pour passagers 800 Caribéens, s’est fait évidemment en chanson. Sur le pont, les micros et les caméras se pressent autour d’un nouvel arrivant : le chanteur Lord Kitchener. La première rencontre entre les hôtes se fait en musique. A capela, Lord Kitchener entonne London is the place for me sous les yeux de milliers de spectateurs. Cette déclaration d’amour n’est que le commencement d’une longue relation en musique des deux cultures. En effet, quelques années plus tard, s’en suivent des succès planétaires fruits de ce mariage comme My Boy Lollipop de la jamaïcaine Blackwell. Les productions artistiques commencent peu à peu à réellement s’intéresser à cet afrobeat. A Paris, dans la boîte de nuit du Palace, c’est la jamaïcaine Grace Jones qui assure le spectacle d’ouverture. A Londres, l’Electric Ballroom fait danser la capitale dans le quartier rock de Camden. Dans ce rêve d’un peuple global, Mark Knopfler en 1988 clame dans la salle comble du palais de Wembley « One humanity, one justice ». Cet hommage à Nelson Mandela au milieu du concert est retransmis par la BBC et sur plus de 60 chaînes internationales de télévision. La musique est désormais une arme pour l’intégration. La cause anti-apartheid est défendue à grands coups de batterie et de guitare électrique à travers le monde. Le concert « African Sounds »  réunit 200 000 personnes et le phénomène Bob Marley est considérable. La musique accompagne les manifestations anti racisme à Paris comme à Londres pour un appel général à la tolérance. En France, Radio Nova s’impose comme la radio de référence pour diffuser la vague musicale planétaire et à la télévision, »Néo Géo » va à la rencontre des musiques des provinces les plus reculées. Preuve de cette résurgence d’un vivre ensemble globale, Serge Gainsbourg reprend « La Marseillaise » sur un rythme reggae.

 

 

L’underground parisien et londonien

Mais alors que le ska, le rock ou le reggae ont gagné leurs lettres de noblesse, un autre genre musical se développe dans l’ombre. Le rap est le nouveau rock, le nouvel hymne des jeunes. L’émission télévisée française H.I.P. H.O.P. marque les prémices de ce phénomène. Cette émission dominicale entièrement dédiée à la culture urbaine connaît un succès populaire. Danseurs, « battle » entre rappeurs, elle met sous les projecteurs des jeunes talentueux passionnés par le hip hop. Le présentateur Sydney est la star de ce show. Il est le premier présentateur noir à la télévision. Mais ce sont les années 90 qui signent l’âge d’or du rap français avec IAM, MC Solaar ou encore NTM qui révolutionnent le genre. Le rap français se détache de son homologue américain et crée ses propres codes. Le visiteur peut alors réécouter les titres les plus connus de cette époque avec les casques audio fournis, comme dans toutes les salles de l’exposition. Paris-Londres, Music Migration se finit par un reportage complet sur l’influence des mouvements migratoires sur la musique des deux capitales. Un indispensable qui récapitule brillamment l’exposition que le visiteur vient de voir en y ajoutant des interviews de stars mondiales comme locales.
Fourmillante d’objets insolites et vibrante par sa playlist diffusée en continu, l’exposition du Palais de la Porte Dorée embarque le visiteur dès l’entrée par son ambiance électrique.  A découvrir de toute urgence !

 

 

 Informations pratiques :
Plein tarif : 6 euros
Tarif réduit : Gratuit (pour les moins de 26 ans)
Lien Billeterie
293 Avenue Daumesnil, Paris (12 ième arrondissement
: Porte Dorée (Ligne 8)

Marie Galassi

Arpenteuse de lieux culturels en tout genre, Marie aime faire partager ses découvertes. Curieuse et un peu geek, elle parcoure la capitale à la recherche d'expositions inédites. Si vous la croisez à une exposition, vous la verrez appareil photo à la main et sourire aux lèvres. Voir tous ses articles

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