Meiji, Splendeurs du Japon impérial

Meiji, Splendeurs du Japon impérial  (1868-1912)

Meiji, Splendeurs du Japon impérial (1868-1912) du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019

Musée Guimet, 6 Place d’Iena, 75116, Paris

En France, tous les regards sont tournés vers la culture japonaise depuis le début de l’été. Cette année est placée sous le signe du projet Japonisme 2018, les âmes en résonnances. L’ensemble de ces évènements et installations consacrent les 160 années de relations franco-japonaises.

A cette occasion, le Musée national des Arts asiatiques, Guimet nous offre une exposition des arts sous l’ère Meiji (1868-1912). Cette période, peu comprise, est mise à l’honneur au travers d’un parcours qui présente un éventail particulièrement varié d’œuvres nippones.

Le Japon s’ouvre sur le monde

Pendant deux siècles, le Japon a fermé ses frontières (le Sakoku, politique d’isolation mise en place par le shogun Iemitsu Tokugawa en 1641). L’archipel s’ouvrait annuellement à l’influence néerlandaise sur l’île de Dejima. Ce pays isolé du reste du monde a attiré l’intérêt des grandes puissances occidentales. Après la menace du commodore américain Matthew Perry, le Japon subit la pression des autres pays étrangers. A la suite de nombreux conflits internes et externes, le dernier shogun, Yoshinobu Tokugawa1 abdique en 1867 sans nommer de successeur afin de « laisser le pays s’ouvrir pour permettre son évolution ». A la mort de l’empereur, le prince Mutsuhito lui succède et prend le nom de Tenno Meiji. Le Japon entre dans l’ère industrielle.

La première salle de l’exposition permet de contextualiser l’art sous l’époque Meiji, et met en avant les changements radicaux qui ont secoué le pays à la suite de son ouverture. L’Occident devient une source d’inspiration, par le biais des estampes et surtout de la photographie ; les dignitaires troquent leurs costumes traditionnels contre les uniformes occidentaux. Cette photographie2 coloriée mettant en scène l’empereur et sa famille illustre parfaitement cette vague occidentalisante qui ébranle les coutumes japonaises. A l’occasion de la guerre de Boshin, qui opposa l’empereur, les clans de Satsuma et Tosa (entre autre) et les Tokugawa et plusieurs domaines restés fidèles au clan shogunal, l’empereur met fin au système féodal qui avait jusqu’alors prévalu. La victoire du Tenno amorce la mutation d’un territoire fragmenté en une multitude de clans vers une nation unie face aux puissances étrangères. Le « pays du Soleil Levant » se dote d’un hymne national et d’un drapeau blanc orné en son centre d’un disque solaire rougeoyant, représentant la déesse shinto du soleil, Amateratsu.


Le traumatisme qu’ont représenté les guerres menées en Chine, les « traités inégaux » imposés par les Occidentaux, tout comme les bombardements de Shimonoseki en 1864 accélère l’industrialisation nippone. L’enjeu majeure est de se développer le plus rapidement possible afin de traiter d’égal à égal avec les Etats comme le Royaume-Uni, Les Etats-Unis ou la France. De ce fait, le Japon est l’un des rares pays d’Asie à ne pas avoir été colonisé et à être devenu lui-même une importante puissance coloniale3.

Le Japon sur le devant de la scène


Le Japon s’inscrit dans le tissage commercial international. Les villes de Yokohama, Nagasaki et Kobe représentent les portes principales de ces échanges. De nombreux produits sont importés et les Japonais exportent une matière que le monde entier convoite : la soie grège, dont le plus gros client est la France. Le Pays du Soleil Levant comprend également toute l’importance des Expositions universelles, rendez-vous incontournable des pays qui souhaitent promouvoir leur puissance et leurs productions. Ces participations permettent de diffuser l’art japonais et son savoir-faire, bientôt unanimement reconnu. Les pavillons du Japon présentent aux yeux de tous l’architecture traditionnelle du pays et les œuvres exposées imposent sans conteste la perfection industrielle des productions artisanales japonaises. Les productions nippones s’adaptent à la nouvelle clientèle bourgeoise occidentale, séduite par le rapport qualité/prix de ces créations. Le paravent à décor de divinités shintoïste, présenté lors de l’Exposition Universelle de 1874, témoigne de la virtuosité des artistes japonais dans le travail des matières précieuses4. C’est également le cas pour les Vues du mont Fuji, l’une en velours découpé5 et peint, une seconde en émail peint sur métal6, qui consacre la sensibilité et la technicité des artisans.

L’affirmation d’une identité culturelle nationale

L’ouverture du Japon sur le monde est contrebalancée par une volonté réelle d’affirmer une identité culturelle forte. Le goût japonais se tourne vers les écoles traditionnelles, comme l’illustre le Renouveau de l’Ecole Rinpa, florissante au XVIIe siècle. Les fonds d’or et les décors végétaux de ce style sont accompagnés par une remise à l’honneur des techniques traditionnelles comme le tsuzure. Cette technique de tapisserie traditionnelle importée de Chine à l’époque Muromachi (1336-1573) utilise des fils de soie et de métal sur une trame de coton7. Les institutions culturelles –musées, écoles d’art- nouvellement instaurées représentent les jalons de la sauvegarde de ces savoirs traditionnels. L’Université des Beaux-Arts de Tokyo, fondée en 1885 joue un rôle essentiel dans le Nihonga, les œuvres modernes de style traditionnel (par opposition au Yoga, œuvres de style occidental). Le Japon développe une archéologie scientifique et ethnographique afin de chercher les origines culturelles et artistiques du pays. Les peuples autochtones en voie d’assimilation font l’objet d’un très grand intérêt, comme c’est le cas pour les animistes Aïnous8. Enfin, le début de l’ère Meiji porte de profondes réactions anti-bouddhiques, philosophie importée de Chine. Le shintoïsme devient la religion quasi exclusive du pays car il est considéré comme la religion originelle. Le bouddhisme demeure toutefois une large source d’inspiration artistique, notamment pour les œuvres destinées à l’étranger9.

La période est perçue par les classes populaires comme une époque de déracinement et cherchent à renouer des liens forts avec les entités animistes et les ancêtres. Kawanabe Kyosai est un artiste populaire incontournable, de cette période : il s’illustre par ses yokai10 et ses caricatures.

Le Japonisme: l’Europe conquise par l’art japonais

L’exposition se termine enfin sur l’incroyable impact qu’a eu l’ouverture du Japon sur la conception occidentale de l’art et du goût. A une époque où le mal du siècle se fait sentir, ou le poids de l’industrialisation semble aliéner les hommes, l’ouverture d’un Japon intacte, inviolé, apparait comme une porte ouverte sur un paradis perdu, un espace épargné par la dégénérescence du progrès. Comme l’a déclaré Edmond de Goncourt en 1884« le japonisme était en train de révolutionner l’optique des peuples occidentaux ». Loin de l’illusion de la perspective, les peintres, dessinateurs, graveurs intègrent la planéité de l’espace, l’épure et la délicatesse qui se dégagent des estampes japonaises. Le Japonisme envahit toutes les productions : des fables populaires11 aux créations des artistes les plus avant-gardistes comme Monet ou Gauguin12.

L’œil du visiteur et son sens de l’observation est mis à l’épreuve par deux vitrines mêlant productions japonaises et occidentales, dépourvues de cartels. Seriez-vous capable d’attribuer correctement ces œuvres ?

 

 

Cette exposition permet de découvrir une époque méconnue, à tort, par le grand public et présente des œuvres qui incarnent parfaitement les différents enjeux de cette époque. On entre sans connaître l’ère Meiji et on en ressort conquis par son raffinement et les changements passionnants ont contribué à forger le Japon moderne. Une exposition à ne pas manquer!

 

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