L’épopée du canal de Suez

L’épopée du canal de Suez

L’épopée du canal de Suez, du 28 mars au 5 août 2018.

Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris

 

Le canal de Suez : une construction hasardeuse ou stratégique ?

L’idée d’un canal reliant la Mer Rouge à la Méditerranée ne remonte pas d’hier ! Au contraire ! Rendez-vous compte que sa toute première conception remonte aux temps pharaoniques ! Et depuis beaucoup des figures incontournables de l’Histoire ont eu un lien plus ou moins étroit avec ce qui ne paraît être qu’une simple voie d’eau. Or ce banal canal est devenu au fil des siècles un des enjeux les plus stratégiques de notre ère. Pourquoi ? Lisez ce qui suit pour le savoir… ou mieux : rendez-vous à l’exposition !

 Au fil des âges…

Après être passé par la salle d’introduction, il faut remonter un petit escalier. Cependant ne vous y trompez pas : ce ne sont pas de simples marches à gravir. Il s’agit de remonter le temps ! De l’inauguration du canal en 1869, en passant par Napoléon Bonaparte se mêlant des affaires égyptiennes, des Vénitiens et de leur commerce des épices vers 1500, on remonte jusque -2000 et le canal antique. Une fois ces courtes mise-en-bouches passées, on peut reprendre le cours du temps dans le bon sens…

l'épopée du canal de suez

La progressive conception du canal

Sésostris III, Pharaon de l’Egypte antique, eut un beau jour une idée de la taille de son couvre-chef (qui était, il faut le dire, d’une hauteur impressionnante !) : et s’il reliait les deux grands empires d’Egypte et de Mésopotamie afin de faciliter le commerce entre eux ? Les bateaux étant à cette époque le moyen de transport le plus rapide, la construction d’un canal fut décidé. Il ne reliait pas encore les deux mers et n’avait pas le tracé d’aujourd’hui. Cependant, il s’ensablait régulièrement, si bien qu’il fut de nombreuses fois restauré par les successeurs de la Vallée du Nil, par les Perses, les Grecs, les Romains, totalement ensablé sous les Byzantins, avant que le territoire ne retourne finalement aux mains des Egyptiens.

Et cela continua ainsi jusqu’au VIème siècle. Avant  cela, les Vénitiens étaient les maîtres du commerce extra-européen : des caravanes venues d’Orient revenaient pleines de marchandises qu’il était impossible de trouver sur le continent. La Sérénissime République était ainsi un partenaire commercial incontournable, notamment en ce qui concernait le commerce  des épices. Cependant les Portugais, dont Vasco de Gama, grâce à leurs énormes progrès en navigation parvinrent à remettre en cause l’hégémonie commerciale de Venise en découvrant une nouvelle route vers les Indes passant par le Cap de Bonne-Espérance. Ainsi les Vénitiens, afin de ne pas rester sur la touche, conceptualisèrent un canal reliant la Mer Rouge à la Méditerranée, mais celui-ci ne resta qu’à l’état de projet.

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Port-Saïd, laboratoire d’art-décoratif

D’une idée à une réalité

En 1798, ce fut au tour de Napoléon Bonaparte de s’intéresser au projet. Cependant lorsqu’il le soumet à Mehmet Ali, celui-ci refuse vivement afin de ne pas mettre en danger l’indépendance de l’Egypte face aux convoitises étrangères. Les Saint-simoniens et Prosper Enfantin s’intéressèrent également au projet, qui fut finalement une énième fois repris par Ferdinand de Lesseps, alors Consul de France en Egypte. Il noue des relations avec Mehmet Ali puis avec son Saïd Pacha qui lui donne finalement l’autorisation de creuser l’isthme. Le chantier commence en 1859 et mettra plus de 10 ans à se terminer. Les routes commerciales en sont profondément changées, insérant cette voie maritime neutre.

Néanmoins, la convoitise autour de cette nouvelle route commerciale est grande et cette neutralité est vite remise en cause. En 1875, les Britanniques rachètent les parts égyptiennes, puis occupent le pays en 1882. Le canal devient alors l’un des plus grands enjeux du XXème siècle, notamment à travers les deux guerres mondiales.

Un axe stratégique, mais aussi un symbole !

Petit à petit, le canal devient un enjeu de la reconquête nationale égyptienne suite à l’occupation franco-britannique. On entend déjà une voix bien connue qui harangue les foules en arabe… et on arrive alors à une salle totalement consacrée à Nasser. C’est le 26 juillet 1956, jour historique de la nationalisation du canal. Cependant après cette ambiance de joie et de fête, le couloir qui suit se fait plus sombre. On entre en effet dans la période de la crise de Suez. Et entre cartes, témoignages vidéos et anciens journaux TV, la chronologie continue : s’enchaînent la guerre des 6 jours, le pacte secret israélo-franco-britannique, la fermeture du canal pour 8 ans, la guerre du Kippour qui mène au premier choc pétrolier, et finalement la réouverture du canal en 1975 et les traités de paix 4 ans plus tard.

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Et aujourd’hui ?

Au bout de ce couloir, une évidence : le canal reste encore aujourd’hui un enjeu majeur. Le Président égyptien ‘Abd al-Fattah al-Sissi inaugure en 2015 le « canal du futur ». En effet, un second canal doit être creusé parallèlement à l’autre afin d’éviter la circulation alternée. La région est devenue au fil des siècle un centre industriel, de commerce et de logistique international, mais également un lieu historique comme nous le prouve Astérix qui, juste avant de sortir de l’exposition, propose à Cléopâtre : « si un jour vous avez envie de construire autre chose en Egypte, un canal entre la Mer Rouge et la Méditerranée par exemple, eh bien faites appel à quelqu’un de chez nous, par Toutatis ! ».

 

L’Insolite

Auguste Bartholdi, s’intéressant au projet du canal, fit un petit tour en Egypte, et fut interloqué par la grandeur des édifices pharaoniques. Il proposa alors à Saïd Pacha de construire à l’entrée du canal de Suez une statut représentant une paysanne égyptienne portant une torche au bout de son bras tendu, allégorie de l’Egypte éclairant l’Orient. Suite au refus de Saïd, vexé, il reprit son projet. Et en 1886 à New York, on vit s’élever la célèbre Statut de la Liberté !

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Commentaires sur l’exposition :

  • une visite chronologique qui permet en plus de la découverte des œuvres de revoir un peu d’histoire internationale
  • temps de visite : environ 1h30
  • responsables accueillants
  • une librairie géniale vous attend au rez-de-chaussée pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur la culture arabe

 

 

 

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