Le monde vu d’Asie

Le monde vu d’Asie

Le Monde vu d’Asie, du 16 mai au 10 septembre 2018

Musée Guimet, 1 rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris

 

               Les cartes ne sont pas qu’un simple outil servant à se diriger. Leur signification est bien plus complexe, mêlant art, technique, connaissance du territoire, et invitation aux voyages. C’est en quelque sorte le témoignage des connaissances, des rituels et des cultures d’une époque par une civilisation, et implicitement de toutes les capacités techniques et artistiques qu’elles impliquent. Ainsi, l’Histoire peut être en grande partie racontée par les cartes.

 

 

Au fil des cartes …

               Au premier sous-sol du musée Guimet, cette exposition temporaire révèle les cartes asiatiques des premiers temps jusqu’au XIXème siècle. Mais attention, elles n’ont rien à voir avec les anciennes cartes européennes dont les grands explorateurs du continent se servaient ! Ce sont parfois de véritables frises de plusieurs mètres de long représentant un rivage, parfois des quartiers de Shanghai extrêmement détaillées, etc. Et en découvrant ces cartes, on est face à trois constats : le centre du monde asiatique n’est pas le même que dans les conceptions arabes et occidentales ; la production d’une carte entraîne toujours un but caché ; et enfin, on note dans les pays asiatiques une véritable utilisation du paysage comme moyen politique.

 

 

Mais où est donc le centre du monde ?

               Le centre du monde varie pour chaque pays en fonction de la tendance religieuse. Ainsi pour les régions européennes, le centre du monde se situe à Jérusalem, pour les pays musulmans à La Mecque. Pour les régions asiatiques, le centre du monde n’est autre que l’Himalaya. En effet, cette chaîne montagneuse rassemble le Mont Méru, séjour des dieux, et le lac Anavatapta, à la fois lieu de naissance mythique de Bouddha, et sources des quatre grands fleuves asiatiques, sans lesquels l’agriculture n’aurait pas lieu. En somme, il s’agit du berceau du bouddhisme. Ainsi, les lieux saints asiatiques se situent la plupart du temps dans les montagnes à haute altitude, symbolisant la grandeur et la stabilité, tandis que l’ascension pour s’y rendre est une véritable métaphore du chemin vers l’éveil. C’est pourquoi les toutes premières cartes asiatiques se construisent selon le schéma suivant : au centre de la carte, le mont Méru, puis les régions asiatiques en découlant, dépendantes du lieu légendaire. Autour de ce cercle, quatre dieux veillant sur le monde.

 

Le monde vu d'Asie

Un changement de perspective

               Ainsi, les premières cartes avaient un but purement religieux de diffusion du bouddhisme. Cependant vers 1400, à ce but fut progressivement substituée une visée politique : au centre de la carte se trouvera désormais le palais impérial, symbole indiscutable du pouvoir. Ce n’est plus alors une vision générale du monde que l’on reproduit sur le papier à l’encre de chine, mais ce sont des villes – voire des quartiers – qui sont méticuleusement dessinés. Il faut savoir que dans la culture asiatique, on trouve l’art du fengshui. Il s’agit d’agencer l’habitat en fonction des flux naturels, notamment l’eau et le vent, afin d’atteindre un équilibre des forces optimal et ainsi d’accéder à une bonne circulation d’énergie.

 

Le monde vu d'Asie

 

La représentation du paysage, entre art et propagande

               Plus tard, cette visée politique sera plus implicitement transmise par l’utilisation du paysage. Débute alors la représentation du territoire de façon pleinement artistique, un paysage toujours calme, serein, mêlant le grandiose à la sécurité. Souvent l’empereur est représenté en aventurier conquérant découvrant de nouveaux territoires. Empire et empereur ne font plus qu’un. Parfois, ce sont des voyages entiers qui sont peints, sur des vases, des paravents, des éventails, des objets de la vie quotidienne. Un voyage du souverain, suivi par tous ses gardes et toute sa cour à travers le pays, pour montrer à la fois la beauté, la grandeur, et les richesses que l’empereur a su conquérir afin que son peuple vivent dans les meilleures conditions possibles. Ainsi, alors que la cartographie était aux mains des princes, le 18ème marque un tournant : elle est désormais à destination des classes moyennes, mettant toujours en avant la légitimité de la religion et du système politique.

             En outre, il faut garder à l’esprit que seuls sont cartographiés les lieux que les explorateurs ont choisis. Pourquoi cet endroit et pas un autre ? Le chercheur note les éléments qui méritent d’être notés. Pour le paysage, c’est le caractère d’exception d’un lieu qui conduira à sa représentation. Ainsi, par la sacralisation du territoire, on assiste à une invention partielle du paysage.

 

Le monde vu d'Asie

 

Finalement, un mélange de cultures

               Avec les progrès dans la navigation et l’expansion du commerce notamment avec le monde islamique, Asiatiques et Musulmans se rencontrent, et avec eux leurs connaissances. C’est l’apparition des musulmans chinois, produisant de nouveaux savoirs géographiques, et l’invention d’un continent : « l’Asie-Monde », à travers le « Grand empire des Qing unifié et éternel ». Puis vient l’arrivée des Européens, de la colonisation, des protectorats, de la mondialisation qui renouvelle totalement la cartographie asiatique. On en arrive alors à la réalisation des cartes de types européennes qu’on a l’habitude de voir. Cependant, une partie de la tradition cartographique orientale subsiste par le besoin qu’ont les européens de connaissances autochtones.

 

Le monde vu d'Asie
Représentation de chaque nationalité

 

Une vision du monde, mais également de ses habitants

               Dans la dernière pièce de l’exposition, une surprise vous attend. En effet au fil des siècles, les chercheurs asiatiques ne se sont pas contentés de dessiner leur vision du monde ; ils ont aussi couché sur le papier leur vision des différentes villes et populations internationales, avec un souci évident de réalisme et d’objectivité. Vous ne serez pas déçu ! D’une représentation idéalisée et féérique de Washington à certains Ecossais aux yeux légèrement bridés, l’Ecole de Yokohama relate « l’Ailleurs en image », révélant les clichés que les Asiatiques peuvent avoir envers le reste du monde.

 

 

Le monde vu d'Asie

 

Commentaires sur l’exposition :

  • les œuvres présentées sont de véritables trésors historiques et artistiques ! A ne manquer sous aucun prétexte !
  • pensez à éteindre le flash de votre appareil photo sous peine de sévères réprimandes du personnel… (oui, ça sent le vécu !)
  • temps de l’exposition : environ 2h

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