Au diapason du monde

Au diapason du monde

Au diapason du monde, du 11 avril au 27 août 2018

Fondation Louis Vuitton, 8 avenue du Mahatma Gandhi, 75 116 Paris

 

 Salut ou protection ?

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          « Au diapason du monde » est une exposition qui remet en question la place de l’Homme au sein de l’Univers, dans une approche nouvelle liant directement le monde au vivant, qu’il soit animal, végétal, minéral, ou en rapport avec l’Intelligence artificielle. L’exposition se divise en deux parcours complémentaires : d’une part L’Homme dans l’univers du vivant, en trois sous-parties : 1- Irradiances / 2-  Là, infiniment… / 3- L’Homme qui chavire ; d’autre part un étage entier est dédié aux œuvres de Takashi Murakami.

          Cinq œuvres appartenant à chacun de ces volets vous seront ici présentées afin de tenter de représenter au mieux la diversité et la richesse de l’exposition. Bonne découverte !

 

 

L’Avalanche, François Morellet, 1996  –  Irradiances

          Irradiances joue avec la matière et ses multiples métamorphoses. Elle cherche la perfection. Elle se frotte aux forces naturelles.

          Un « rangé dérangé ». Voilà la façon la plus simple de décrire cette avalanche artificielle. A travers ces multiples diagonales de néons bleu glacés, François Morellet a un objectif bien précis vis-à-vis du spectateur : il souhaite biaiser son architecture mentale, comme le ferait une illusion d’optique. Comment ? Tout en basant son oeuvre sur une géométrie calculée au millimètre près, l’artiste parvient pourtant à créer du désordre. Pourquoi ? Il cherche à superposer les grilles de lecture, tout comme plusieurs explications et plusieurs points de vue peuvent être apportés à un fait précis. C’est pourquoi il a choisi l’avalanche. L’avalanche est naturelle et inexplicable, désordonnée et effrayante ; mais elle peut également être provoquée, il est possible de calculer les risques qu’elle se déclenche, elle se révèle rationnelle, elle est splendide par sa puissance. Elle est pleine de paradoxes, mais une part de hasard subsiste toujours autour d’elle. Le « rigoureux rigolard », c’est ainsi que se décrivait François Morellet.

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Untitled, Adrian Villar Rojas, de la série The Theater of Disappearance  –  Là, infiniment…

                 Là, infiniment… met en lumière trois œuvres pour lesquelles les artistes se sont appropriés un chef-d’œuvre mythique. Dans le cas de Adrian Villar Rojas, il s’agit ni plus ni moins du David de Michel-Ange. Le marbre qui constitue ces deux sculptures de deux périodes si différentes viennent cependant de la même carrière italienne. Cependant, là où Michel-Ange sculptait à la main, il s’agit ici d’une impression 3D. Là où David incarnait un homme, il ne reste ici que ses jambes. Et entre ses pieds : deux petits chatons ; je vous laisse le choix de décider s’ils chahutent où s’ils s’embrassent. Quoi qu’ils fassent, vous conviendrez qu’une question demeure : qu’a voulu sous-entendre Adrian Villar Rojas. Pour beaucoup, il s’agirait d’une image de scénario du monde post-apocalyptique, dans lequel l’Homme serait anéanti, n’ayant rien pu faire malgré le niveau de progrès atteint. Ne restent alors plus que les œuvres d’art pour, si ce n’est reconstituer l’Homme, du moins l’évoquer. Quant aux deux chatons ? Représente-t-il la jeunesse ? L’amour ? La survivance ? L’espoir ? Pour le savoir, il faut remonter en 1817.

                    Percy Bysshe Shelley, poète radical du XIXème siècle, est l’auteur du sonnet qui inspira cette oeuvre. Il y décrit les ruines d’une statut d’un très grand roi : Ozymandias. Une seule chose reste de la sculpture : un vantard à peine lisible où il est écrit « Ici réside Ozymandias, roi des rois ». Cependant cette affirmation sonne creux étant donné le piètre état de la sculpture. Le message du poète est clair : le statut, aussi grand soit-il, n’est que transitoire. Alors pourquoi ne pas reprendre une partie d’une des sculptures les plus connues au monde pour en faire une oeuvre nouvelle ? En effet, il est impossible que les jambes empruntées soient considérées en dehors d’une compréhension du statut de David. Cependant, elles sont littéralement coupées de leur contexte, ce qui leur donne une nouvelle dimension artistique propre. En cela, Adrian Villar Rojas cherche à remettre en cause toute prétendue suprématie d’une certaine oeuvre. Il tente de rappeler l’inévitable déclin des empires, la nature toujours éphémère du statut dans le temps.

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Entrare nell’opera (« entrer dans l’œuvre »), Giovanni Anselmo  –  L’Homme qui chavire

          L’Homme qui chavire tourne autour du corps, en ravivant les mutations et les fantasmes d’un monde en transformation.

 

Un homme court.

          Où ? C’est une bonne question. Est-ce un champ ? Un désert ? De la terre asséchée ? Un territoire aride ? De l’herbe jaune, morte ? Une planète inconnue ? L’homme est-il miniature et marche-t-il sur les mailles d’un tissu ? Le lieu, l’espace est indéterminé.

          Pourquoi ? Elle-t-il heureux et gambade-t-il pour communiquer sa joie ? Est-il en colère et court-il éperdument pour éteindre le feu ? Fuit-il à toutes jambes une force qui le dépasse ? Pleure-t-il à chaudes larmes et tente-t-il ainsi de semer sa peine ? Est-il libre de courir ou le fait-il malgré lui ? D’où provient l’énergie qui le pousse à courir ? Il est de dos, sans visage. La cause est indéfinie.

          Une question encore : où est passée son ombre ? S’est-elle détachée de lui pour recouvrer sa liberté ailleurs ? N’est-il qu’une chimère, est-il réel au moins, matériel ? Le Soleil, père des ombres, a-t-il soudainement disparu ?

          Si le Soleil a disparu, peut-être l’homme souffre-t-il de ne plus avoir d’ombre, tout en fuyant ce qui a réussi à éteindre le Soleil. Il y a toujours plusieurs histoires possibles ; il suffit de choisir celle qu’on préfère entendre.

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Spermini, Maurizio Cattelan, 1997  –  L’Homme qui chavire

               En arrivant au fond d’une des salles de d’exposition, il faut passer sous un cheval qui pend au plafond. On se retrouve alors face à 150 petits visages fixant le spectateur. Face à cette même expression neutre, sympathie et empathie. 150 petits masques en latex accrochés à deux pans de murs. 150 autoportraits de Maurizio Cattelan. Cependant, tous sont imperceptiblement différents. Mais ce qui saute tout au suite aux yeux, c’est la divergence de couleur des visages : rouge, jaune, blanc, noir. Serait-ce une simple dénonciation du racisme ? Néanmoins, le titre a forcément été choisi pour une bonne raison. Spermini. C’est vrai que tous ces petits visages, de loin, forment des petits points, telles des molécules qui se battent les unes les autres pour exister. Mais d’un autre côté, c’est la multitude des regards qui donne au spectateur le sentiment d’être dominé. Se crée alors une tension entre effacement de soi au profit du groupe et l’idée de lutte que forme la différence. Est-ce une perte d’identité que d’être au milieu d’une foule de clones ? Est-ce l’égalité qui est sous-entendue par la taille identique mais la différence de couleur ?

               « Si les mortels se décidaient à rompre avec la Sagesse et vivaient sans cesse avec moi [la folie], au lieu de l’ennui de vieillir, ils connaîtraient la jouissance d’être toujours jeunes ». Éloge de la folie, Erasme de Rotterdam. Cattelan reprend le masque de cette folie, un masque qui permet de dire ce que l’on pense sans en être puni.

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And Then, When That’s Done… I Change. What I Was Yesterday Is Cast Aside, Like An Insect Shedding Its Skin, Takashi Murakami, 2009

               Non, ce tableau n’a pas été fait à l’ordinateur. Au contraire, il s’agit d’une acrylique sur toile. On y aperçoit Mr. DOB, le personne devenu mythique de Murakami. Qui représente-t-il ? Son alter ego, son autoportrait. Puis sa signature. Ami ou ennemi ? Adorable peluche ou monstre effrayant ? Ce contraste entre nuances de gris, froid et glacial, et couleurs vives est on ne peut plus troublant.

               Murakami, dans ses oeuvres, imagine un monde à la fois merveilleux et sombre, en faisant référence aux tsunamis, aux bombardements, aux tremblements de terre, à la bombe atomique : aux traumatismes naturels ou construits. Mais aussi à l’espoir qui parvient sans cesse à se frayer un chemin. Pour cela, il crée des personnages fantastiques grâce à l’esthétique Kawaï, mot utilisé au Japon pour qualifier de mignon un humain, un animal ou un objet. Dans l’oeuvre de Murakami, les têtes de morts sont nombreuses, mais elles sont toujours multicolores.

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Commentaires sur l’exposition :

  • beaucoup d’œuvres exposées pour la toute première fois
  • une exposition magnifique
  • il faut y mettre le budget, mais le jeux en vaut la chandelle !
  • réservez votre après-midi, temps de visite : de 2 à 3h

 

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