Gauguin l’alchimiste au Grand Palais

Exposition Gauguin l’alchimiste au Grand Palais

Du 11 octobre au 22 janvier

Grand Palais – 3 Avenue du Général Eisenhower – 75008 Paris

Une approche originale, mais une muséographie rendant difficile la compréhension

Le parti pris de cette exposition est assez clairement exprimé dès le début de la visite. En effet, son objectif est de dévoiler la complexité du travail de Gauguin, travail beaucoup plus riche et divers que le visiteur peut l’imaginer en se rendant à cette exposition. Quand on pense à Gauguin, ce sont généralement des œuvres représentant des femmes tahitiennes aux positions parfois lascives qui nous viennent à l’esprit. Il serait pourtant réducteur de limiter l’œuvre de Gauguin à ces toiles emblématiques.

 

Le début de l’exposition nous plonge immédiatement dans l’univers très particulier de Gauguin. Nous découvrons ainsi des objets réalisés avec des médiums variés, statues en bois, en cire, en céramique…

Camille Pissarro, dont Paul Gauguin se rapproche, qualifie ce travail d’alchimiste de « bibelotage ». Le résultat est très original, inhabituel, étonnant. Les influences que subit l’artiste sont multiples et expliquent l’aspect très particulier de ses travaux. Il s’inspire de motifs bretons, martiniquais ou japonais, donnant lieu à un mélange éclectique inédit.

Le Portrait de l’artiste au Christ jaune (1890-1891), m’a particulièrement touchée, l’artiste se représentant avec un visage sombre, les traits graves, entouré de deux de ses œuvres.

A gauche, il a peint Le Christ jaune, toile dans laquelle il s’était représenté; à droite, il son Pot autoportrait en forme de tête grotesque, pot anthropomorphe qu’il qualifie de « tête de Gauguin le sauvage ».

Ensuite, nous sommes absorbés par l’univers synthétique qui marque durablement l’œuvre de l’artiste. Ce mouvement a pour objet de faire la synthèse entre la perception du réel qu’a l’artiste et sa propre expérience. En opposition avec l’impressionnisme, le synthétisme, prônant la simplification des formes, des couleurs en aplat, est incarné par Gauguin et son ami Emile Bernard. Les artistes veulent aller à l’essentiel. C’est le début de l’école de Pont-Aven, village breton où l’artiste passera beaucoup de temps. L’œuvre La Ronde des petites bretonnes (1888) est l’une des premières à incarner le synthétisme. Des jeunes filles dansent, se tenant par les mains, dans un champ bordant le village. Les traits sont simplifiés, les détails évités, et l’artiste utilise des aplats de couleur cernés de noir. Le premier étage de l’exposition se termine par la présentation d’œuvres symbolistes, Gauguin utilisant de façon récurrente le motif de la baigneuse.

Ahaoe feii (1891)
Arearea (1892)

L’étage suivant nous emmène vers des paysages exotiques. Sont notamment présentées des toiles parmi les plus célèbres : Ahaoe feii (1891), œuvre présentée l’an passé à la Fondation Vuitton lors de la splendide exposition de la collection Chtchoukine ; Femmes de Tahiti (1891) ou encore Arearea dit aussi Joyeusetés (1892). Gauguin éprouve une fascination pour le peuple tahitien, pour les corps androgynes qu’il représente dans ces œuvres. Il s’intéresse également aux traditions, aux croyances et coutumes des habitants de l’archipel. Il rédige ainsi un ouvrage, Noa Noa, dans lequel il mêle réalité et fiction, écrivant ses impressions de voyage, qui laissent transparaître sa déception. Il imaginait Tahiti encore très sauvage et préservé, mais la réalité est bien différente. Les mythes traditionnels ont largement été remplacés par les évangélisations chrétiennes, et le paradis terrestre a été occidentalisé. Des extraits originaux de son ouvrages sont présentés dans l’exposition.

Enfin, l’exposition prend fin avec la présentation des panneaux sculptés qui entouraient l’entrée de la maison-atelier de l’artiste à Atuona, aux Marquises. Il a lui-même baptisé cet endroit « Maison du jouir ». La scénographie est très réussie, et le visiteur peut facilement s’imaginer au sein de cette maison-atelier. De magnifiques œuvres terminent l’exposition, telles, et Rupe Rupe (La Cueillette des fruits) (1899). L’atmosphère apaisante et onirique caractérisant ces toiles réalisées à la fin de la vie de l’artiste m’a particulièrement touchée.

En résumé, cette exposition aborde l’œuvre de Paul Gauguin sous un aspect original et intéressant. La première partie de l’exposition est toutefois présentée de manière peu claire, ce qui peut rendre complexe la compréhension de la démarche artistique. La seconde partie m’a davantage plu, non seulement parce que les œuvres présentées me plaisaient plus mais aussi parce que la muséographie m’a parue plus adaptée, plus simple. En deux mots, un contenu intéressant et qui m’était largement méconnu, mais une muséographie complexe, alambiquée.

Les + :

Les vidéos explicatives tout au long de l’exposition, diffusées dans des salles dédiées sur grand écran

Les billets coupe-file réservables en ligne avec choix de la date et de l’horaire

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