Décrocher la Lune au Grand Palais

Du 3 avril au 22 juillet 2019

 

La Lune se décline en mille facettes au Grand Palais. L’exposition audacieuse « La Lune, du voyage réel aux voyages imaginaires » présente aux visiteurs le large spectre artistique qui entoure la Lune. Riche de 200 œuvres, l’exposition propose de faire le tour de la Lune et de toucher du doigt l’influence de cet astre dans le domaine artistique comme scientifique. La Lune est tour à tour un défi scientifique, une muse et une déesse. Changeante, elle se fait allégorie de la femme fatale ou encore d’un présage tragique.

De Millet à Chagall en passant par Rodin et Galilée, ce voyage vers la Lune est un méli-mélo de sculptures, films, romans, peintures, objets scientifiques, bandes dessinées, gravures et vidéos. L’embarquement est immédiat.

Une introduction onirique au voyage

First Spaceship On Venus, Sylvie Fleury
First Spaceship On Venus, Sylvie Fleury

L’exposition commence par une invitation séduisante à rejoindre l’expédition vers la Lune. La 1ère salle est d’une obscurité plaisante et donne le ton de cette exposition immersive en rassemblant quantité d’objets et d’œuvres diverses. Un casque d’astronaute, de la poussière de Lune, des photographies des programmes Mercury et Apollo juxtaposent les œuvres cinématographiques et littéraires de Méliès, Jules Vernes, Hergé et Fritz Lang. L’exposition nous montre ainsi un dialogue entre la science et l’imaginaire. L’un nourrissant l’autre, le fantasme de la Lune aidant la recherche scientifique qui alimente à nouveau le fantasme. Ce jeu de questions-réponses entre la science et l’imaginaire est merveilleusement bien agencé dans la salle du Grand Palais où le moderne se confond avec l’ancien.

Si le visiteur est attiré immédiatement par les objets des cosmonautes, il ne peut pas louper l’immense fusée rose au fond de la salle. La sculpture féministe de Sylvie Fleurie se veut provocatrice au milieu de ces louanges scientifiques et divagations fantasques sur la Lune. Tout comme l’œuvre Vacation  de Yinka Shonibare qui revendique un rêve accessible à tous. L’égalité rêvée de cet artiste nigérien est clairement exposée avec des astronautes habillés de wax passant des vacances sur la Lune.

Vacation  de Yinka Shonibare

Cette 1ère salle crée la surprise et intrigue le visiteur. Véritable cabinet de curiosités, cette multiplication d’œuvres composites est une initiation onirique à la conquête de la Lune.

La Lune observée  nous ramène sur Terre

La 2ième salle exerce un bond dans le temps et nous ramène cruellement les pieds sur Terre. Les télescopes et les cartographies envahissent l’espace, l’éclairage de la pièce est cru : tout invite à la rationalisation. Le visiteur passe ainsi de doux rêveur à explorateur. Le traité de Galilée est au centre de la pièce accompagné de lunettes astronomiques du XVIIième siècle. L’astre est complètement démystifié pour être observé sous toutes ses coutures.
La seule lumière chaude de la pièce sont ces lunes lumineuses artificielles posées sur le sol. Sous l’apparat de l’artiste Ange Leccia, la Lune ne ressemble qu’à un luminaire banal reproductible à l’infini finissant ainsi de détruire le mystère « Lune ».

Ange Leccia

Objet d’investigation des plus grands savants, la Lune n’apparaît dans cette salle que comme une autre terre à conquérir, une Amérique tout à coup bien saisissable.

La Lune retrouve sa place au sommet

Young et sa fille, Pierre Auguste Antoine Vafflard
Young et sa fille, Pierre Auguste Antoine Vafflard

La troisième salle intitulée Les Trois visages de la Lune  rompt catégoriquement avec la précédente. La Lune est à nouveau recouverte de mysticisme. Les télescopes et cartes ont fait place à des peintures romantiques et calendriers lunaires. Ici, la Lune retrouve son éclat. Elle est représentée sous les traits d’Hécate. Déesse grecque de la Lune, Hécate présente deux aspects opposés : déesse protectrice liée aux cultes de la fertilité, conductrice des âmes emportées par la tempête mais aussi déesse de l’ombre et des morts. La pièce représente cette ambivalence et replonge le spectateur dans le noir. Les peintures montrent ce rapport tumultueux entre les hommes et cet astre symbole de mort comme de protection. Pierre Auguste Antoine Vafflard utilise ce symbolisme dans sa toile Young et sa fille, peinture qui dépeint la tragique histoire de la belle fille de Young sans sépulture. La Lune est synonyme alors ici de mort mais se veut aussi protectrice en guidant le poète à la recherche d’une sépulture dans la nuit.

Symbole de l’inconstance, la Lune est aussi présentée comme la coupable idéale de la femme lunatique. L’estampe L’influence de la lune sur la teste des femmes dépeint des femmes coiffées de croissant de lune riant et dansant au nez et à la barbe des hommes. La quasi-égalité de la durée entre le cycle menstruel et les phases lunaires ont alimenté ces contes sur l’inconstance des femmes et ont continué de rapprocher la femme de l’astre. Chacune étant tantôt présentée comme mère nourricière et protectrice et femme tentatrice, symbole de mort.

La 4ième salle arrive donc comme une évidence. La Lune est une personne est une pièce qui démontre la nécessité de matérialiser cet astre pour lui rendre un culte et dialoguer mystiquement avec elle. Les statues divines grecques et romaines sont au-devant de la pièce, suivi de tombeaux lunaires romains, peintures catholiques et d’allumettes égyptiennes. Dans toute cette mythologie, la Lune est divinisée. Elle est objet de culte comme objet de crainte. Une représentation de l’apparition de la reine de la nuit dans la Flûte enchantée de Mozart par Karl Friedrich Thiele rappelle les forces des ténèbres que représentent l’astre. Cette aquatinte jouxte une gravure sur bois. Contrastant avec les superstitions de l’oeuvre de Mozart, la gravure en bois représente, elle, la Vierge Marie allaitant son fils assise sur un croissant de lune. La Lune n’a alors jamais été aussi énigmatique.

Apparition de la Reine de la Nuit, Karl Friedrich Thiele
Apparition de la Reine de la Nuit, Karl Friedrich Thiele

La Lune, une invitation à la beauté 

La Perle, d'après l'infante Marguerite, Salvador Dali
La Perle, d’après l’infante Marguerite, Salvador Dali

La dernière salle est une douce conclusion. L’exposition finit par une explosion artistique dans laquelle la Lune se fait muse. Malgré nos premiers pas sur la Lune, l’astre entretient la fascination et le pouvoir d’émerveiller. Cette ultime pièce (la plus grande) donne à voir l’effervescence esthétique qu’inspire la Lune. Dans La Terre et la Lune, Rodin la retrouve dans les deux corps qui émergent d’un bloc de marbre. Dali, de son côté, lui emprunte son surnaturel pour transformer Vélazquez. Joseph Vernet se sert de sa lumière glaciale pour l’opposer au feu des hommes. Jean Arp lui emprunte ses contours épurés et sa couleur innocente pour un appel à la poésie vibrant au centre de la pièce. Joan Miro s’amuse insolemment de ses formes.

L’allemand Martin Honert dans Lanterne lui vole sa lumière pour dessiner le quotidien. Quant à Antonio Canova, grand sculpture néoclassique italien, il clôt ce bal onirique par Endymion endormi. Amoureux transi dans la mythologie et puni au sommeil éternel, Endymion est ici amoureusement observé par la Lune comme par le visiteur. Ce dormeur éternel, est une exhortation au rêve ou peut-être un avertissement pour le spectateur. Un avertissement à ne pas se perdre dans des rêves chimériques, à ne pas rester trop longuement dans la lune…

Endymion endormi, Antonio Canova
Endymion endormi, Antonio Canova

Une exposition lunaire

Par la richesse de ses œuvres, « La Lune, du voyage réel aux voyages imaginaires » émerveillera petits et grands. Véritable dédale d’œuvres et d’instruments scientifiques, la nouvelle exposition du Grand Palais nous promet la Lune. Elle aborde tous les champs artistiques et fait des détours par l’astronomie. Elle joue du son, de la lumière et de la vidéo pour nous en mettre plein la vue. Le pari est osé, l’expérience est complète. Comme un rêve, où tous les éléments se mélangent de manière improbable, on se perd délicieusement au Grand Palais.
A l’image de son sujet, l’exposition se révèle envoûtante.

 

 Informations pratiques :
Plein tarif : 14 euros
Tarif réduit : 10 euros
: Franklin D.Roosevelt (Lignes 9 et 1), Champs Elysées Clémenceau (Lignes 13 et 1)
 : Invalides

Marie Galassi

Arpenteuse de lieux culturels en tout genre, Marie aime faire partager ses découvertes. Curieuse et un peu geek, elle parcoure la capitale à la recherche d'expositions inédites. Si vous la croisez à une exposition, vous la verrez appareil photo à la main et sourire aux lèvres. Voir tous ses articles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.